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Quelle place pour l’action culturelle dans les missions fondamentales des BDP ?

Martine Blanc-Montmayeur, Conseiller pour le livre à la DRAC, Provence-Alpes-et-Côte-d’Azur

publié le lundi 15 août 2005

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Cette formulation contient en fait une double question : quelle place pour l’action culturelle ? d’une part, quelle place pour l’action culturelle dans les missions fondamentales d’autre part ? En décembre 1978 Bernadette Seibel posait déjà la question dans une étude commandée par le Département des études et de la prospective à la demande de la Direction du livre et de la lecture. " L’animation dans les BCP pratiques nouvelles ou innovation(1) ".

Je me propose de formuler quelques réflexions en vue d’un débat, d’un double point de vue :

  • celui de quelqu’un qui bien qu’ayant quitté les BDP avant la décentralisation, a continué à s’intéresser à l’action et au rôle des BDP,
  • celui d’un fonctionnaire actuellement en service dans une DRAC, ce qui me permet de percevoir l’importance politique et culturelle d’une action menée à l’échelle d’un département par un acteur départemental.

Quelle place pour l’action culturelle ?

Les BDP ont mis en place des actions culturelles dont certaines nous serons exposées durant ces deux jours de colloque. La place de l’animation est donc affirmée. Mais comment définir l’animation ? De quels types d’animations s’agit-t-il ? Quels sont les publics visés ? Qui organise l’animation ? Quelle est sa visibilité ?

Visibilité de l’animation

Le premier élément de visibilité de l’animation est sans doute sa visibilité financière : Il n’existe certes pas de relevé de budget d’animation dans les statistiques officielles de la BDP, en revanche, il existe une rubrique dans le Guide des BDP(2) sous l’appellation budget animation - communication :

  • 30 BDP n’ont aucun budget d’animation
  • 62 BDP n’ont aucun budget de communication

Sur les 67 BDP restantes,

  • 8 BDP ont un budget d’animation inférieur à 10 000 F
  • 27 BDP ont un budget d’animation compris entre 10 000 F et 100 000 F
  • 19 BDP ont un budget d’animation compris entre 100 000 F et 200 000 F
  • 9 BDP ont un budget d’animation compris entre 200 000 F et 300 000 F
  • 2 BDP ont un budget d’animation compris entre 300 000 F et 400 000 F
  • 2 BDP ont un budget d’animation de plus de 500 000 F

Certes je n’ignore pas que, pour certains d’entre vous, les opérations d’animation et de communication (souvent d’ailleurs les plus importantes) ne sont pas sur vos crédits, mais sont gérées directement par le conseil général.

Ce tableau budgétaire ne traduit donc pas la réalité de l’action culturelle des BDP, en revanche il traduit la visibilité de cette action comme une des missions fondamentales de ces bibliothèques. J’espère que nous y reviendrons dans le débat.

En effet, si l’action culturelle est une mission fondamentale des BDP, sa contrepartie financière devrait être inscrite dans son budget au même titre que les acquisitions ou que la charge du personnel.

Un premier constat s’impose donc : l’animation est dotée d’une faible visibilité en termes d’affichage propre à la BDP ; elle apparaît au même titre et sur le même plan que la communication. Cela pose certainement question.

Quels types d’animations et pour quels publics ?

Destinées aux bibliothèques relais, différents types d’actions ont pour but de soutenir et de conforter la présence, la visibilité et le rôle des dépôts de la BDP quelles que soient leurs formes.

Dans ces cas de figures, sans doute les plus fréquents, la BDP est prestataire de services :

  • prêts d’expositions
  • malles diverses et variées (budget d’acquisitions) pour les types les plus fréquents

Ce genre d’aide, extrêmement importante pour la vie des relais, soutient leur action de diffusion de livre et d’élargissement des publics " en associant les activités dites d’animation aux autres aspects de la vie de la bibliothèque, plus précisément, en débloquant une demande de lecture, elles cherchent à susciter chez les élus une prise de conscience des besoins culturels de leurs administrés... L’organisation d’activités culturelles contribue à donner au dépositaire le sens et la dimension de son rôle en faisant appel à ses capacités de relations humaines au service du livre(3). "

Tout ceci est du domaine de l’animation culturelle. Il me semble que l’action culturelle relève d’un autre registre que je définirai ainsi : instaurer une politique culturelle à l’échelle d’un territoire, ici, le territoire départemental.

L’action culturelle s’installe dans la durée. Elle suscite un partenariat exigeant avec les autres acteurs culturels présents, dans une série d’actions concertées visant à un véritable aménagement du territoire. Dans ce cadre la BDP devient un opérateur culturel au même titre qu’une scène nationale.

Les manifestations organisées dans cette perspective sont d’une tout autre ampleur, d’une tout autre visibilité ; elles procèdent d’une offre réfléchie et non plus uniquement du soutien et des réponses à une demande. Des actions largement répandues, comme, par exemple, le prêt d’expositions peuvent tout à fait être reprises dans ce contexte ; le catalogue des expositions proposées, aura alors une logique visible et une communication conséquente.

Pourquoi se lancer dans cette mission d’action culturelle ?

Je citerai ici la belle préface de Jacques Perret au livre L’action culturelle en bibliothèque(4).

" ... Au-delà des filiations chahutées et des ruptures entre " médiation ", " action culturelle ", " animation " et le courant plus ancien de l’éducation populaire, il paraît évident qu’à chaque fois ces notions agrègent des points de vue particulièrement attentifs à l’écart social et culturel. Et ces notions obligent à affronter des questions aussi diverses et aussi vastes que celles de la lecture et de ces apprentissages, de la culture et des cultures, de l’accès aux savoirs et à la connaissance, de la transmission et de la réception, de l’art et de ces implications sociales, du rapport à la création et aux œuvres, etc. Affronter ne signifie pas obligatoirement résoudre, mais cela signifie au moins ne pas ignorer [...]

A quels publics s’adresse-t-on, sur quoi se fonde la légitimité du prescripteur, du médiateur, pour quelle transmission, de quelles valeurs, quels sont les effets d’une mise en scène de l’écrivain, de l’écrit, de l’acte de lecture, à quelles spécificités de la bibliothèque, encyclopédique par définition, adosser un projet cohérent d’action culturelle, etc ? [...]

Si l’action culturelle en bibliothèque est une forme d’intervention parfois vécue comme " brouillonne ", c’est non seulement parce qu’elle nous parle de la bibliothèque elle-même, mais aussi parce qu’elle " incarne structurellement sa capacité d’innover ". Tantôt intuitivement, tantôt explicitement, les bibliothécaires et leurs tutelles se donnent avec l’action culturelle une possibilité d’explorer et d’expérimenter de nouveaux modes d’intervention, de nouvelles relations avec des groupes, de nouveaux rapports entre les publics et les ressources de la bibliothèque qui peuvent éventuellement donner naissance à de nouveaux services [...]

Il faut souligner deux traits qui inscrivent les bibliothèques dans les politiques culturelles [...] La nécessité d’une action culturelle s’impose particulièrement quand il s’agit, pour une institution, d’aborder un changement d’identité, de faire évoluer son projet et ses modes d’intervention [...]

L’institution bibliothèque fait du thème de l’action culturelle une " question centrale " par laquelle il s’agit de signifier à l’esprit de tous (les tutelles, les agents, les partenaires, les publics) que l’on participe désormais d’une " culture vivante ", " ouverte ", " diversifiée ". Soulignons que ce signal s’adresse aussi, quand ce n’est pas d’abord, aux bibliothécaires eux-mêmes. Pour preuve le débat permanent, au sein des bibliothèques comme au sein des musées, sur le statut et la place de l’action culturelle dans l’organigramme, dans le budget et dans le calendrier de l’institution. Ce débat traite bien d’une hiérarchie de compétences et de fonctions et donc de l’identité de la bibliothèque que l’action culturelle manifesterait plus ou moins fidèlement [...]

Dans les politiques culturelles locales, on relève, de la même manière, cette fonction symbolique de l’action culturelle. Elle est mise en jeu de manière plus ou moins consciente par les professionnels et les élus, mais elle s’impose d’autant plus à leurs yeux quand un changement doit ou est en train d’intervenir dans le paysage culturel local. Le meilleur exemple, à l’heure actuelle, est celui du rapprochement entre les différentes institutions culturelles d’un territoire. La tendance lourde des politiques culturelles locales a d’abord été la professionnalisation et la spécialisation des équipements culturels. Elle a suscité en réaction une interrogation critique sur le bien-fondé de ces formes de spécialisation ressenties comme des fermetures sur des logiques professionnelles [...] Ce reproche contenait sa part de vérité puisque toute professionnalisation passe par des comportements de distinction, d’affirmation d’identité, de délimitation de territoires. Le deuxième âge des politiques culturelles locales voit apparaître, parfois à l’incitation d’élus locaux, des formes de collaboration entre acteurs culturels. Dans le développement de ces collaborations, l’action culturelle est jugée comme l’espace idéal pour agir et signifier en même temps [...]

La conception et la mise en œuvre communes d’un événement culturel n’ont donc pas pour seul but de proposer au public une manifestation différente de l’offre habituelle et plus efficace ; elles ont aussi pour but d’apprendre à conjuguer des pratiques professionnelles distinctes et de manifester cette capacité[...]

Le deuxième trait qui signale l’action culturelle comme espace d’innovation, c’est l’obligation dans laquelle on se met de devoir, à cette occasion, coopérer avec d’autres professions. C’est le cas, par exemple, lorsque l’exigence de qualité et de professionnalisme conduit les bibliothécaires à constater les limites de leurs compétences professionnelles dans le domaine de l’action culturelle et à faire appel à d’autres métiers de l’éducation, du social, du livre, de la muséologie, de la communication, de la recherche en science humaine, etc. C’est une façon non secondaire " d’être dans la cité ". Elle amène les bibliothécaires à se confronter à d’autres univers professionnels qui sont aussi d’autres regards portés sur la bibliothèque, d’autres points de vue sur son identité, sur la manière dont elle est perçue, sur les services qu’elle peut rendre [...]

On le voit, par l’action culturelle les bibliothèques s’exposent. Elles se montrent et peuvent espérer ainsi diversifier les perceptions et les usages. Mais elles prennent aussi des risques dans de multiples collaborations dont elles ne sont pas seules à maîtriser le bénéfice... "

Les concepts exposés dans cette préface sont pleinement repris dans ce qu’on appelle communément politique de la ville ou dans les actions menées au sein des villes lectures.

Le cadre départemental avec ses inégalités criantes en nature d’offre culturelle, de concentrations de population, de désertification de certaines zones rurales, ne doit pas être oublié dans cette politique de l’offre régulatrice.

Les BDP sont bien placées pour prendre toute leur place dans ce dispositif : service départemental à part entière, chargé d’une compétence officielle et reconnue, disposant, pour la plupart, d’outils de conventionnement, seul service, en outre, à rayonner sur la totalité du territoire.

On voit bien cependant que devenir un acteur culturel à part entière nécessite :

  • une réorganisation du service
  • une prise en compte budgétaire
  • une formation des personnels
  • et surtout une ouverture et des relations avec tous les acteurs culturels privés et publics de la scène départementale dans tous les domaines de la création.

A l’heure où les BDP s’interrogent sur leur rôle, à l’heure où certaines suppriment les services de bibliobus, l’action culturelle peut être un champ à investir pour devenir une des missions fondamentales des BDP, ceci dans une perspective élargie d’aménagement du territoire.

Il pourrait alors s’agir

  • d’organiser la circulation d’écrivains, par exemple combien de BDP participent à la tournée des Belles étrangères(5) en France ?
  • d’aider à l’accueil d’écrivains en résidences,
  • de travailler avec des troupes de théâtre sur l’oralité et la lecture de textes,
  • d’organiser des festivals, etc.

Les fêtes du livre, à l’échelon départemental, sont un exemple, souvent pris en charge directement par le conseil général de ce que pourrait être ce type d’opération, mais réparties tout au long de l’année - sans oublier celles menées avec les éditeurs locaux, où des actions plus innovantes autour des pratiques artistiques, etc.

La BDP est souvent le soutien logistique organisateur de telles manifestations ponctuelles. Peut-elle passer au stade d’une autre visibilité ? A quel prix ? C’est en tout cas d’un changement d’image et de place au sein des services même du conseil général dont il peut alors s’agir.


Questions à Martine Blanc-Montmayeur et Hugues Hairy

Question

On parlé décentralisation ; on a évoqué l’empilement des responsabilités... J’apprends que vous menez, dans la Somme, une importante action auprès des collèges. Il se trouve que dans la région dans laquelle je me trouve, cette action est menée par l’action culturelle du rectorat. Sur les quatre départements concernés, nous connaissons environ 600 actions de ce type. Dans la Somme, le fait que le département prenne l’initiative de ces actions provient-il d’un débat sur la répartition des rôles avec le rectorat ?

Hugues Hairy

Il s’agit d’une initiative du conseil général. Depuis 1996, nous menons des discussions avec nos partenaires du rectorat et de l’inspection académique, non pas dans la volonté de nous situer contre, mais de faire avec eux... L’action culturelle des partenaires continue. Elle a cette singularité d’être, si je puis dire, historique... et de s’intéresser aux volontaires. Nous ne souhaitions plus, quant à nous, nous limiter à aider financièrement la réalisation des APA qui intéressent généralement un professeur et quelques élèves. Quand celui-ci s’en va, l’atelier disparaît et les élèves avec.

Nous souhaitions systématiser un dispositif conçu pour que tous les élèves des collèges concernés (on n’en est aujourd’hui qu’à vingt collèges sur soixante-six) soient initiés à ces domaines de la culture. Cette ambition est peut-être démesurée : 26 000 élèves, cela représente 750 à 780 interventions annuelles sur 20 collèges, soit une perspective d’environ 2 500 interventions à terme.

Le problème n’est pas d’abord financier ; nous allons achopper, nous le savons, sur la question du nombre d’intervenants compétents et disponibles. Nous souhaitons d’autre part ne pas instrumenter les acteurs culturels. Nous souffrons trop, dans notre département comme dans d’autres, sans doute, de troupes de théâtre qui ont oublié de créer au seul bénéfice d’interventions dans les collèges ou les lycées.

Il existe naturellement une part de volontariat : nous ne pouvons pas contraindre les collèges à s’intégrer dans le système. Nous avons ouvert un appel d’offre en avril dernier à l’ensemble des 66 collèges ; 30 d’entre eux ont manifesté leur intérêt, 26 se sont déclarés partants et, pour des raisons d’efficacité, nous avons démarré avec 20 établissements. Le projet que nous proposons s’inscrit dans le cadre du projet d’établissement et, il faut bien le dire, il perturbe le rythme traditionnel de la vie de l’établissement... mais c’est à ce prix qu’est pérennisé le projet : les nouveaux venus au collège, professeurs ou principaux, n’ont pas le choix, ils doivent s’inscrire dans le projet. Le volontarisme est celui de l’établissement qui s’engage avec le conseil général pour au moins quatre ans.

Hélène Larose

Peut-on savoir comment la BDP intervient dans les collèges ?

Hugues Hairy

La BDP intervient sur plusieurs plans. Elle intervient dans le cadre de ce contrat et hors de ce contrat sous forme de concours de lecture-écriture, sous forme d’un prix littéraire des collèges, par le prêt d’expositions diverses et par l’ensemble de ce que vous connaissez vous-mêmes dans vos bibliothèques respectives.

Pour ce qui est spécifique au contrat qui nous lie aux vingt collèges, la BDP intervient d’abord comme organisateur du processus au niveau 6e, sur le thème lecture et oralité, et puis elle intervient en tant que formatrice. Elle forme en effet les enseignants à diverses pratiques liées au livre ou à des domaines du livre dont les enseignants ne sont pas forcément familiers. La BDP organise le processus : elle trouve les intervenants, elle valide la qualité des interventions... Naturellement, elle ne porte pas ces interventions elle-même.

Il faut préciser que ce contrat n’a pas supprimé les autres actions et les autres engagements de la BDP.

Martine Blanc-Montmayeur

Depuis que je suis à la DRAC, je constate que les BDP ont des atouts formidables. Aucun autre organisme culturel des départements n’est ainsi en relation avec autant de communes. La présence territoriale des BDP, par l’ensemble de leurs actions de desserte, d’animation ou de formation auprès des bibliothèques relais est vraiment exemplaire.

On peut noter cependant une relative contradiction entre cette implantation remarquable et une visibilité faible de l’action culturelle de ces bibliothèques... Cette contradiction est sans doute liée au fait que les BDP soutiennent les initiatives culturelles de leurs dépôts sans que soit forcément définie une réelle politique départementale de l’action culturelle. Elles sont souvent des prestataires de services culturels sans être vraiment les opérateurs culturels de leur collectivité... Qu’en pensez-vous ?

Hugues Hairy

Dans notre département, la BDP est un acteur essentiel de la politique culturelle ; il n’en est pas le seul. L’originalité de ce que nous avons mis en place est sans doute cette familiarité entre les acteurs culturels qui dépendent du conseil général. Dans ce que je viens de vous décrire, le plus important, à mes yeux, est la conjugaison des qualités des différents services culturels impliqués.

Anne Chaillot

Je voudrais, si vous le permettez, revenir sur cette notion d’opérateur. Elle me semble dangereuse : à l’heure où, à travers les plans de développement, on essaie de rééquilibrer l’intervention entre les collectivités et d’impliquer les communes bien plus qu’elles l’ont fait jusqu’à présent, ne s’agit-il pas d’une forme de retour en arrière que de placer la BDP dans une situation de monopole de l’action culturelle ? L’initiative en cette matière ne mérite-t-elle pas d’être vraiment plurielle ?

Hugues Hairy

Je ne parle de la BDP en tant qu’opérateur seulement dans le cadre de notre action en direction des collèges. Pour ce qui est des communes, je reste assez adepte de la formule : Waide-toi, le ciel t’aidera. Les conseils généraux n’ont pas vocation à faire à la place de... Nous sommes là pour susciter l’envie, l’initiative, pour soutenir éventuellement un projet.

Didier Guilbaud

Prestataire, opérateur... Je souhaite revenir sur ces termes, pour faire part du trouble qui apparaît à la lecture des résultats de l’enquête sur l’action culturelle menée par l’ADBDP que je vous présenterai demain.

Certains éléments doivent être considérés comme réglés ou acquis : 91% des BDP, par exemple, fournissent des expositions ou du matériel d’exposition aux bibliothèques. C’est l’aboutissement d’une démarche aujourd’hui historique des BDP.

Ensuite, il y a deux tendances qui sont avancées avec beaucoup de nuances et de prudence. Il a les BDP qui disent faire pour les communes. Il y a les BDP qui disent être les dynamiseurs de l’initiative des bibliothèques partenaires : cela peut aller de la fourniture d’information sur l’activité culturelle au sein du département à l’accompagnement de projets. Tout n’est pas clair, il faut lire quasiment en filigrane les réponses à notre enquête.

En ce qui nous concerne, en Touraine, nous nous situons plutôt sur le plan des opérateurs... Il me semble que c’est d’ailleurs la tendance qui se dessine aujourd’hui : à partir des questionnaires, le budget moyen destiné à l’animation (ou à l’action culturelle ?) est d’environ 27000 Eur. ; on est ensuite sur une moyenne de 2,3 personnes (équivalent temps plein) qui sont impliquées dans la réalisation de l’action culturelle. Cinq services sont d’ailleurs dirigés par des conservateurs. Bref, il me semble qu’à travers les moyens dégagés, se dessine une prise en compte de plus en plus forte de ce que l’on peut appeler l’animation ou l’action culturelle.

Martine Blanc-Montmayeur

Les villes ont une politique culturelle. Les bibliothèques des villes importantes ont une politique culturelle, qui est en relation, évidemment avec la politique de la ville. Est-ce qu’à l’exemple de ces bibliothèques des grandes villes pour lesquelles existe une définition de la politique culturelle, les BDP bénéficient d’une définition de politique culturelle, qui, en aval de cette définition signifie également offre culturelle, et objectifs culturels ?

Répondre seulement à la demande est-ce vraiment répondre aux problèmes de l’inégalité culturelle ? Le travail de rééquilibrage territorial de l’offre culturelle dans lequel sont impliquées les BDP, ne procède-t-il pas d’une politique éminemment volontariste ? Dans cette perspective, les BDP ne sont-elles pas des opérateurs d’offre, là même, précisément, où il se peut qu’aucune demande ne soit formulée ?

Marie-Pascale Bonnal

Nous parlons ici comme si nous étions en paysage d’égalité républicaine... Nous savons bien que tous les départements n’ont pas les mêmes ressources. Malgré la volonté politique, les crédits ne sont pas toujours mobilisables à la hauteur des ambitions égalitaires, en milieu rural particulièrement.

Dans le cadre des effets d’annonce concernant la poursuite de la décentralisation, la question est de savoir si les DRAC, les conseils régionaux, les conseils généraux vont pouvoir s’entendre sur la répartition effective des moyens en direction des zones ou des publics les plus défavorisés en terme d’accès à la culture.

Françoise Lamandier

Deux petites remarques si vous le voulez bien.

Les BDP sont aujourd’hui beaucoup sollicitées sur des questions d’expertise concernant la vie associative liée au livre et à la lecture. En l’absence de définition d’une politique globale du département, nos avis risquent de manquer de cohérence et de pertinence opérationnelle. On est donc pratiquement dans l’obligation de se situer dans une perspective d’action culturelle, mais qui reste parfois implicite.

Si, sur le terrain nous continuons essentiellement à jouer le rôle de prestataire de service, ceci est peut-être dû à une question de formation qui concerne autant nos relais que les personnels même de la BDP, enclins plus traditionnellement à la médiation, au contact du public, qu’à la distance qu’implique le rôle d’organisateur ou d’opérateur, le terme reste en effet à définir.


Notes

(1) Note de l’éditeur : Bernadette Seibel : L’Animation culturelle dans les bibliothèques centrales de prêt : pratiques nouvelles ou innovation ?, Paris, Direction du livre et de la lecture, Ministère de la culture et de la communication, 1978.

(2) Note de l’éditeur : Guide des BDP, 2002. Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt, 2002.

(3) Bernadette Seibel, op.cit.

(4) Note de l’éditeur : L’Action culturelle en bibliothèque, sous la direction de Viviane Cabannes et Martine Poulain. Paris, Cercle de la Librairie, 1998.

(5) Note de l’éditeur : " Les Belles Etrangères, créées en 1987 par le Ministère de la culture, sont des manifestations publiques qui invitent à la découverte des littératures étrangères en France et accompagnent l’importante politique d’aide à la traduction, à la publication et à la diffusion menée par le Centre national du livre. Elles sont organisées par le Centre national du livre pour le ministère de la Culture et de la Communication (Direction du livre et de la lecture). Leur principe repose sur l’invitation en France d’un groupe d’écrivains d’un même pays ou d’une même aire géographique qui participent à une tournée de tables rondes et de lectures publiques organisées avec des librairies, des bibliothèques, des établissements scolaires et des associations culturelles partenaires de ces rencontres." Extrait de la conférence de presse du Centre national du Livre.



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