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Contes et conteurs

Muriel Bloch, Conteuse

publié le lundi 15 août 2005

impression

Je n’aurais pas dû accepter cette invitation à réagir ici à une enquête sur le conte en BDP... Mais je connais Marie-Claude Julié depuis si longtemps ! Lorsqu’elle était à Mulhouse, j’étais déjà venue m’occuper d’une activité de formation auprès de bibliothécaires. Je la remercie de m’avoir invitée, car il est toujours important de tâcher de faire le point sur notre activité, à partir de ces différents points de vue dont Marie-Claude me croit capable !

J’ai eu la chance de pratiquer mon métier dans de nombreuses bibliothèques et dans de nombreuses BDP. Je vois comme une logique imparable le fait que le conte, qui est né dans une société rurale, retourne à cette société rurale où il est né. Ce mouvement pose cependant un certain nombre de questions qui sont parfois assez paradoxales.

J’habite et je suis née à Paris ; je suis donc ce qu’on appelle une citadine, une urbaine, et s’il fallait que je défende quelque chose, ce serait sans doute le concept de ville à la campagne... Chaque fois que je me suis trouvée à raconter loin de chez moi, loin de la ville, dans des villages et parfois dans des lieux absolument inconnus de moi, j’ai pensé que c’était une chance de pouvoir ainsi m’affronter à cette géographie... et à ces publics.
La plupart des autres artistes venant du théâtre ou du spectacle vivant n’ont pas cette chance de diversités des contacts, dans la mesure où il n’existe pas, dans ces lieux, les conditions techniques de leur venue. Une des caractéristiques techniques du conteur, c’est, me semble-t-il, son adaptabilité. Mais cette adaptabilité est aussi un danger potentiel : le grand danger est d’enrôler trop facilement le conte sous la bannière de l’animation...

Souvent, de retour de mes voyages dans les campagnes françaises, je me suis demandée à quoi j’avais servi, et ce que j’y avais appris.
J’ai souvent senti, de la part des personnes qui m’invitaient, une sorte d’inquiétude sur la qualité du public qui m’attendait : qu’est-ce qu’une parisienne va pouvoir raconter à ce public si éloigné de la réalité citadine et cosmopolite ? Son répertoire est-il adapté à la réalité du lieu proposé ?

Ces questions, que je pressens, m’ont toujours accompagnée. Cette question de l’adaptation du répertoire au public est cruciale, quand notre ambition est d’être conteur tout terrain et de raconter à tous les publics.
A l’époque où j’ai commencé, avant que nous connaissions la déferlante qu’est devenue la pratique du conte, raconter au public et former le public, il s’agissait d’une évidence pour nous, c’était un peu la même chose.

Je travaillais au Centre Pompidou en 1979, à l’occasion d’une exposition de livres pour enfants, intitulée Alice, Ulysse, Oh Hisse, dont les ouvrages étaient enchaînés à de la tôle ondulée ! (Paradoxe : on appelait le conte à la rescousse du livre, comme pour le libérer.) Cette année-là, j’avais participé à une rencontre qu’avait organisée la FNAC sur le thème des manuscrits refusés à des auteurs de jeunesse. 79, souvenez-vous ! c’est l’année de la parution en français de la Psychanalyse des contes de fée de Bruno Bettelheim, dont le titre anglais me semble bien plus fécond : The Use of enchantements. Le débat avait été vif, animé par des éducateurs ou psychologues de tout poil, qui venaient dire l’importance des contes pour la vie, le devenir et la croissance des enfants. Le public avait été considérable. La FNAC a profité de ce succès pour escamoter le débat promis et difficile sur les manuscrits refusés. Elle a donné rendez-vous à la semaine suivante...

La semaine suivante les éducateurs de tout poil étaient au rendez-vous, mais pour continuer sur le conte ! J’étais là pour lire des extraits de manuscrits refusés ; face à la foule revenue pour les contes, il était de moins en moins question de pouvoir faire ces lectures... On m’a poussée alors à me lever pour conter. Ce que j’ai fait en tremblant de la racine des cheveux jusqu’aux orteils.
Marie-Christine de Navacelle, qui était dans le public, est venue me voir ensuite ; c’est elle qui avait organisé l’exposition dont je parlais. Rendez-vous est pris dans son bureau, où, le jour venu, je me trouve en compagnie de Bruno Delassalle, qui, m’informant que les livres étant inaccessibles parce qu’enchaînés, il allait falloir raconter, raconter, raconter... En 79 donc, animer les livres, animer autour du livre, c’était raconter.

Depuis, la vague ou la vogue du conte n’a cessé d’enfler et, à cause de cet engouement, nous avons été amenés à faire régulièrement de la formation. Evidemment, le fait de proposer des formation conduit à s’interroger en profondeur sur ses propres pratiques.

Ainsi les questions que je me pose sont les suivantes : que raconte-t-on aujourd’hui Où le raconte-t-on ? A qui raconte-t-on ?

Ceci revient à poser la question du répertoire et du contexte dans lequel on met en œuvre ce répertoire. Je me pose ces questions d’autant plus volontiers que je n’appartiens pas à la tradition orale : je n’ai pas collecté sur le terrain... Moi, je viens des livres. La matière de ce que j’ai raconté, je l’ai trouvée dans les livres.

Il est paradoxal que la plupart des porte-parole de la littérature orale trouvent leurs sources dans les œuvres écrites : le renouveau du conte en France s’est fait d’une part grâce aux bibliothécaires et aux livres, d’autre part grâce à l’Âge d’or de France(1). Là, des gens âgés, n’ayant jamais été mis en contact avec la littérature orale, n’ayant peut-être même jamais entendu raconter, se sont trouvés confrontés au fait de raconter et sont allés chercher les contes dans les livres.
Au départ, puisque nous n’avions d’expérience ni du fait de raconter, ni du fait d’écouter, nous avons dû imaginer ce que cela pouvait être, nous avons dû re-imaginer ce qu’était, ce que pouvait être une veillée, mot que personnellement je n’aime pas beaucoup. Pour moi, le conte n’est pas un retour au bon vieux temps, au terroir... C’est pourquoi la veillée m’est un peu suspecte.

Le conte a pu rencontrer, dans les années 80, ce fameux mouvement du retour à la terre... Pour ma part j’étais finalement assez complexée, à cette époque : quelle était ma légitimité à raconter ici où là, dont je n’étais pas ? Par provocation, j’opposais alors ouvertement à la culture du terroir la culture du trottoir.

J’ai ainsi connu une expérience cuisante en Bretagne. C’était en 1980. Nous étions allés à la recherche de conteurs traditionnels, à l’initiative de Bruno Delassalle. France-Culture nous soutenait, nous accompagnait, nous enregistrait. Nous débarquons donc, un soir, dans un bistrot. On était en retard. Les conteurs locaux avaient déjà pas mal bu. L’ambiance était froide. Peu après notre entrée, Bruno se tourne vers moi et me dit :

- Tâche de faire quelque chose, raconte...

J’attaque donc un conte breton, une menterie, Le Malin petit pâtre que j’avais trouvé dans un livre... J’arrive au bout, mi-fière, mi-effrayée. Silence dans le bistrot. Un des conteur locaux, alors, se lève, prend sa chaise, s’y assoit à califourchon et se met raconter la même chose que moi... La même chose, mais totalement différente, avec ses mots et non avec la page d’un livre. Il savait, lui, ce que boire voulait dire ; il savait prendre son temps ; il racontait une expérience vécue : celle de dire quelque chose de fou à des gens qui prendraient son dire pour sa vérité.

Après l’avoir écouté, j’ai pensé arrêter de raconter. Racontant, en fait, je récitais un livre et ne témoignais pas d’une expérience. Nous étions secoués, là, dans ce bistrot. Nous, les porteurs du renouveau du conte, nous venions d’être confrontés à la ruralité, dont était précisément issue notre propre pratique.

Quand on a compris que raconter c’est, à travers un répertoire, témoigner d’une expérience, la question du public se pose différemment. On peut alors raconter à d’autres publics qu’à des enfants citadins bien élevés qui ont lu des livres.

Le fait de savoir ce qu’on fait, de savoir où l’on est et de savoir à qui l’on s’adresse est fondamental. J’accepte volontiers d’aller raconter dans un village, dans la salle polyvalente, qui set à tout et qui ne sert à rien... Où tout sera bricolé et inconfortable... On ne sait jamais où l’on met les pieds. En arrivant, il faut prendre le pouls du lieu pour progressivement savoir quoi raconter.
Il m’est arrivé d’être quelque part où l’on me disait :

- Vous savez, il n’y aura personne ce soir... Ça n’intéresse pas vraiment les gens ; on nous a demandé de le faire, on le fait. On ne sait même pas ce que vous allez raconter.

Et j’ai répondu : moi non plus !

Compte tenu des conditions souvent assez difficiles, qui ne sont pas des conditions de spectacle, et compte tenu des incertitudes sur le public, je ne crois pas qu’il faille proposer des spectacles dans ces lieux-là. Le conteur me semble devoir être invité pour faire une chose unique pour un lieu unique. Ce qui a lieu doit rester unique pour l’auditoire comme pour le conteur.

D’ailleurs, il y a lieu, au fond, de s’interroger sur l’idée même de spectacle de conte. Le théâtre est-il la meilleure place pour le conteur ?

Je perçois bien les contradictions que je porte en formulant à la fois une exigence de qualité artistique et une exigence d’authenticité du moment du conte dans lequel le conteur témoigne d’une expérience de vie avant de donner un spectacle. La pratique du conte est traversée par ces ambiguïtés : spectacle / expérience vécue, professionnels / amateurs, citadins / ruraux... Ces ambiguïtés ne sont pas près d’être levées : la demande de contes étant très importantes, l’offre est grande, elle aussi, et se compose donc de tout... et de n’importe quoi.

Indépendamment de la forme, le lieu, surtout s’il est difficile, commande la qualité : s’il y a un spectacle par an dans un village, il faut qu’il soit inoubliable. La qualité ici dépend de la possibilité du conteur de s’adapter, de se mettre en accord avec le lieu, le public, les attentes. Il faut de l’expérience pour réussir cet accord souvent unique... Ce qui ne signifie pas que ces moments ne doivent pas être l’occasion de manifester de jeunes ou de nouveaux talents.
la demande de contes étant très importantes Je voudrais évoquer ici quelques expériences heureuses.
L’année dernière, à Belfort, le spectacle-événement d’une programmation de contes, Ainsi soit-elle, qui devait être donné au théâtre Le Granite, est annulé pour raison de santé de l’une des conteuses.

On m’appelle en dernier ressort, parce que j’avais fait un spectacle avec cinq musiciens de jazz pour le Festival de Jazz de La Villette. Un spectacle lourd et coûteux, donc, difficile à faire tourner hors de grandes structures.
Ce qui est intéressant c’est que jusqu’alors le directeur de ce théâtre n’avait jamais programmé de conteur, par désintérêt, par manque de confiance, aussi, dans le professionnalisme des conteurs... Contraint de remplacer le spectacle prévu, il accueille, dans sa salle, le public de la manifestation de contes et le public du théâtre venu découvrir cette chose bizarre. Du coup, on a emballé tout le monde ; les publics se sont rencontrés et le directeur du théâtre a remercié la responsable de cette programmation en reconnaissant que la soirée avait été très réussie et que le théâtre avait été plein d’un public qui n’était jamais venu auparavant.

Dans les Alpes-Maritimes, où il existe un budget d’aide à la création, la difficulté des soirées est que la première partie est réservée aux amateurs... Cela crée des décalages qui mettent les professionnels en situation d’attente parfois assez difficile. Sans doute y aurait-il moyen d’harmoniser les différentes parties, si du temps était pris un peu en amont des soirées.

Ma conclusion ouverte, puisque va suivre un débat, c’est que la notion de spectacle de conte est problématique : dans quelle mesure la notion de spectacle prévu, préparé, ne fige-t-il pas l’art du conteur, qui me semble avant tout être un art de l’occasion, de l’adaptation, de l’improvisation, de la liberté de parole. Renouveler chaque fois la forme, maintenir l’incertitude, la capacité à déstabiliser le public, mais aussi le conteur, n’est-ce pas là la voie maintenue ouverte de l’avenir pour le conte, qui, je le répète, ne doit pas compter au magasin des accessoires des bonnes vielles choses du bon vieux temps.


Note

(1) L’Âge d’or de France : http://agedorfr.free.fr (note de l’éditeur).


Questions à Muriel Bloch

Didier Guilbaud

Nous organisons, en Touraine, un festival de conte qui marche bien. Ce festival a été un élément déterminant de la définition de la BDP comme opérateur culturel. A l’origine, comme j’avais quelque pratique du domaine, j’ai appelé quelques copains conteurs, qui sont venus... Le public aussi est venu. Le réseau des bibliothèques a joué le jeu. On souhaite aujourd’hui aller plus loin. Mais comment approfondir notre action ? Comment nous porter juges de la qualité de ce qui est proposé, puisque, comme vous l’avez bien dit, le conteur est, par définition, un artiste atypique ? Le panachage des genres (amateurs, professionnels, conteurs locaux, spectacles...) n’est-il pas une esquive à une nécessaire réflexion de fond sur le genre ?

Muriel Bloch

Mare-Claude Julié m’avait demandé de réfléchir au fait que le conte, comme vous dites, marche, et marche dans les deux sens : des publics différents et variés viennent au conte et les conteurs sont intéressés par cette rencontre avec les publics. Ce qui est presque inquiétant, c’est que le public vienne quoi que l’on raconte... sans doute est-il privé souvent de cette relation qu’installe un conteur avec son auditoire, sans doute est-il privé de la simplicité exemplaire de cette relation, qui permet de prendre en compte des personnes qui se sentent extérieures au spectacle, au théâtre ou au livre. On est heureux de raconter quand il y a des gens qui ont envie d’écouter des histoires ; cette implication réciproque et sans intermédiaire du public et du conteur est sans doute la formule qui explique le succès du conte.

Marie-Claude Julié

Souvent, notre objectif est de montrer que les bibliothèques sont des lieux vivants. Ce qu’apporte le conte, me semble-t-il, c’est le livre, mais en chair et en os. L’invitation d’un auteur, nous l’avons vu avec Marie Rouanet, va dans le même sens, mais avec le conte nous ancrons les histoires profondément, au niveau mythique, au niveau symbolique... On sait, en organisant un spectacle de conte que l’on va toucher tout le monde, hommes, femmes, enfants. Introduisant le conte dans les bibliothèques, on redonne vie, d’une certaine façon, au livre.

Muriel Bloch

La répétition de ces initiatives dans les bibliothèques, contribue, au fil du temps, à la formation du public qui sait devenir exigeant. Cette exigence est importante pour nous : elle nous pousse à nous perfectionner, à nous renouveler, à réfléchir à ce que nous faisons.
Ce " tout public " dont parle Marie-Claude en parlant des hommes, des femmes et des enfants est une réalité précieuse pour nous, conteurs : le conte n’est pas réservé aux petits, aux enfants. Ce qui est formateur pour nous, c’est que les âges soient mêlés, que les publics aussi le soient : publics avertis et publics à conquérir. On doit travailler ainsi sur la totalité de notre registre. A propos des publics, j’attire votre attention sur le fait que les conteurs traditionnels locaux connaissaient bien leur public : ils étaient en familiarité. Une piste de renouvellement de ce que nous proposons, de ce que vous proposez, consisterait sans doute à établir cette familiarité et cette complicité du conteur avec le public, en amont de la séance de conte. Le fait que les conteurs soient tous terrains n’exclut nullement qu’ils gagnent à connaître le terrain.

Marie-Claude Julié

Ce qui me frappe, après plus de douze ans de programmation, c’est de voir la culture que le public se constitue sur le conte. La première année, les gens viennent, il faut le dire, on ne sait trop pourquoi...Mais il est évident que les gens se piquent au jeu : ils découvrent des conteurs et des répertoires différents et se mettent bientôt à les comparer, à les évaluer les uns par rapport aux autres. Pour nous, organisateurs, cela est très stimulant : nous mettons ainsi en œuvre une vraie dynamique de culture destinée à l’ensemble d’une communauté, doublée d’une vraie formation sur ce genre.

Anne Chaillot

Je trouve très intéressant le conte et le mouvement qui depuis des années le porte... mais j’ai toujours du mal à faire la relation, qui vous semble pourtant évidente, entre contre et bibliothèque.
Autant il me semble évident qu’après le passage d’un auteur dans une bibliothèque, le public va retrouver ses livres. Leur présence est une manière de prolonger la rencontre après le départ de l’auteur. Je m’interroge sur ce qui reste après le passage du conteur dans la bibliothèque. Les rencontres ne se succèdent-elles pas sans traces ? Tous les lieux ns sont-ils pas, à l’égard du conte, équivalents ? Pourquoi la bibliothèque serait-elle le lieu d’accueil spécifique de ce genre de spectacle ?

Muriel Bloch

La plupart des conteurs d’aujourd’hui sont des orphelins de tradition orale. C’est dans les livres que nous nous nourrissons. Les bibliothèques abritent nos sources : il faut chercher les histoires, il faut les trouver, il faut les mettre à sa voix, il faut trouver son style. Il s’agit là d’un vrai travail d’écriture orale.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si de nombreux conteurs publient aujourd’hui des livres : les éditeurs sont intéressés par cette approche singulière du fait littéraire. L’objet livre devient ici le support d’une parole vivante.

Un proverbe dit que tu rends de la taille du bras ce que tu reçois de la taille de la main. Oui, les conteurs sont des pilleurs de la littérature, mais pour la restituer à la parole ; les contes sont faits pour être entendus et non pour seulement dormir dans les livres. Nous touchons ici encore au paradoxe, que je mentionnais tout à l’heure, sur cette fécondation réciproque de la littérature écrite et de la littérature orale.
C’est aux bibliothécaires de mettre en place des dispositifs qui permettent de dire d’où viennent les histoires... La plupart d’entre elles viennent aujourd’hui des livres. Sans les bibliothécaires, il n’y aurait sans doute pas de conteurs en France aujourd’hui.
Jeune conteuse, je participais à Beaubourg à un spectacle de conte sur Kafka. Cette démarche a sans doute choqué des lecteurs très avertis de Kafka... Mais le libraire nous a dit avoir vendu comme jamais les œuvres de cet auteur. C’est sans doute que nous l’avons trahi mais pour le restituer dans un élément fondamental de sa propre culture constituée de contes, de littérature yiddish, etc.

Dominique Lahary

Je réponds à Anne Chaillot sur un autre registre que celui de Muriel Bloch, celui des institutions. Les contes, c’est bien. La question est de savoir quelle case institutionnelle peut prendre en charge cette activité.
Dans le Val-d’Oise, nous avons eu un problème de case institutionnelle : le dispositif de subventions que nous avons mis en place avait à financer de temps en temps une activité conte, jusqu’à ce que le conseil général crée la case institutionnelle du spectacle vivant avec un chargé de mission spécifique. L’activité conte a donc migré vers cette case, jusqu’à ce qu’un an plus tard, l’activité conte ne soit pas reconnue comme spectacle ressortissant de cette case-là. La BDP a donc argumenté pour récupérer cette activité. Le dispositif du Val-d’Oise est ainsi constitué ; il peut être entièrement différent ailleurs. Ce qui compte c’est que le conte puisse exister.

Pour revenir à l’autre élément de la question, sur la légitimité du conte en bibliothèque ou sur le rapport entre conte et texte, Anne demande ce qui reste après l’écoute d’un conte. Je demande, moi, ce qui reste après la lecture d’un livre. Le texte, enfin, n’est pas lié au papier, au livre. Il y a du texte dans le multimédia. De même que le texte n’est pas seulement dans le papier, la narration n’est pas seulement dans le texte.
Les missions des bibliothèques, revenons-y, c’est la documentation et la narration (qui n’est pas forcément la fiction) et ici, l’oral, qui a vécu avant le livre, survivra au livre.

Marie-Pascale Bonnal

J’abonde, si vous le permettez dans le sens de Dominique Lahary. Avec le conte, ce qui est permis, c’est l’accès à la langue du récit. Dans les soirées contées, qu’elles aient lieu dans les bibliothèques ou ailleurs, nous sommes animés par le souci et l’envie de partager la beauté de la langue, la beauté du répertoire, l’ouverture au monde. Dans ces moments, ne l’oublions pas, nous touchons un public qui ne lit pas ou qui lit des choses très fonctionnelles. Par l’intermédiaire du récit oral, envie est donnée d’accéder au texte, dont on n’imagine souvent pas l’émotion qu’il peut receler.
Je crois que le postulat selon lequel les gens aiment a priori les textes de fiction est faux... Le temps n’est pas si loin où la lecture était un vice et une perte de temps. Cela, lié à un apprentissage peut-être douloureux de la lecture, donne un public très éloigné des possibilités d’apprécier la fiction. C’est une vertu du conte que de pouvoir redonner le goût du verbe et des émotions.

Joëlle Pinard

Dans la Drôme, s’est monté un réseau qui s’appelle Contes Drôme. Son objectif est de résoudre les contradictions possibles entre création, diffusion, formation, etc. Nous ne sommes pas des tourneurs de contes, car des associations s’occupent très bien de cette mission.

Ce réseau est constitué des grands théâtres, des MJC, des associations, et les bibliothèques, tant municipales que départementale. Notre dernière réalisation commune a été la venue de Michel Faubert, un conteur québécois, à qui nous avons demandé de répondre à nos spécificités respectives.
Pour notre part, nous lui avons demandé des éléments de formation des bibliothécaires bénévoles, pour que ceux-ci retravaillent, dans leurs bibliothèques avec ce conteur.
C’est sans doute la seule fois, dans les formations que la BDP dispense, que nous avons fait de la littérature et de l’analyse littéraire.



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