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Les scolaires en bibliothèque

Véronique-Marie Lombard, Livre et Lire Bourgogne, Chalon-sur-Saône

publié le lundi 15 août 2005

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Qui sont les scolaires qui demandent aux bibliothécaires tant d’attention et tant d’heures et d’énergie ?

Ce sont des individuels qui fréquentent épisodiquement ou régulièrement la bibliothèque et l’utilisent comme un lieu-ressources ou un espace de travail.

Les scolaires aînés, collégiens et lycéens, squattent les salles de travail faisant de certaines tables des substituts de bureau personnel, des cabinets de travail collectif ou des annexes de salles d’études. Ce qui demande aux professionnels diplomatie mêlée de rigueur pour veiller à la bonne cohabitation des publics.

D’autres, ou les mêmes car l’usage peut être cumulé, se servent de la BM comme d’une annexe du CDI. C’est une source d’approvisionnement pour l’information et la documentation nécessaire pour mener à bien des travaux demandés par les enseignants. Ce service exige des professionnels qu’ils sachent anticiper et évaluer les besoins des élèves autant qu’ils doivent connaître le fonds et les acquisitions. Répondre aux questions et être de bon conseil suppose une connaissance de ce public autant que des ressources, ce que ne permet pas toujours la segmentation des fonctions et des tâches qui font que dans certains établissements ceux qui achètent ne sont jamais au prêt et inversement !

Les scolaires, ce sont surtout des groupes de maternelle et de primaire qui viennent à la bibliothèque accompagnés d’un enseignant et, pour les plus jeunes d’autres adultes, ASEM ou parents pour des visites de plusieurs types. . Nous pouvons repérer quels profils types de visites :

  • La visite de type " musée ", 1 fois/an. Répérage d’un lieu dans la ville. Que privilégier pendant cette visite découverte ? Le fonctionnement du lieu ou sa richesse ? Comment trouver un livre( fichier manuel ou informatique, classement) ou quelles histoires peu-on lire et se faire lire ou quelles informations on peut trouver ou chercher ? Faire de ce moment une dégustation ou un cours illusoire d’initiation à l’autonomie ?
  • La visite de type " spectacle ", occasionnel . Rencontrer un auteur, voir une exposition, écouter un conteur. Ces activités sont des offres culturelles intéressantes mais périphériques au lire, au dire et au regarder. Ce sont des bornes dans l’histoire individuelle des enfants, rarement des moteurs pour lire soi-même.
  • La visite de type " supermarché ". 3 à 10 fois par an où chaque élève peut emprunter un ouvrage de son choix (quand il n’y a pas de restriction ou d’interdit : pas de BD, pas d’album au cycle 3).

Exemple : Une classe de CE2 vient toutes les trois semaines soit environ 10 fois dans l’année. Chacun des 25 élèves emprunte un livre. Au total : 250 emprunts. Questions : Combien la maîtresse a-t-elle lu de livres ? Combien d’enfants ont-ils lu le même livre ? Que sait la bibliothécaire de la lecture (difficulté, goût, interprétation, réception) ? Sans compter que certains scolaires viennent déjà à la BM avec leur famille et bénéficient du même service. Pourtant leur statut est différent, le mercredi ils sont lecteurs individuels, en semaine, ils sont lecteurs scolaires : ils n’ont pas choisi de venir, ils font partis d’une classe, elle-même élément d’une école. Le moteur d’intervention, c’est le groupe.

  • Les visites de type "projet". Plusieurs rencontres ont lieu, qui sont des séquences thématiques ou de découverte d’un genre. Qui fait le choix des axes de découverte ? L’enseignant qui a ses objectifs pédagogiques centrés sur le savoir lire ou la bibliothécaire qui sait quelle réserve d’imaginaire est la littérature-jeunesse et qu’il y a autre chose que l’eau ou les couleurs ? que les genres ont tendance à se croiser et les frontières à s’estomper : que par exemple des documentaires ont des apparences de fiction (Archimède, Ecole des loisirs) ou de jeux (Kididoc, Nathan), que des textes illustrés existent pour les grands comme Petite Mère de Dominique Sampiero, rue du Monde) ou Les derniers géants de François Place chez Casterman.

Si chacun de ces types de visite peut constituer de beaux moments d’éveil (et la vie n’est-elle pas faire d’occasion de découvertes communes qui s’inscrivent dans la mémoire de chacun ?), aucune ne procède véritablement d’une mise en place d’un habitus lectoral.

En 1993, dans la revue Pratiques (décembre), Jean-Marie Privat, s’inquiétait que le travail d’institution des lecteurs soit :

  • trop ponctuel : l’accidentel ne suffit pas à la mise en place d’un comportement de lecteur autonome
  • trop fréquemment transmissif ou simplement incitatif : nécessité d’intégrer les coups culturels dans une stratégie générale
  • trop désocialisé : la lecture est un échange. On devrait en parler...

Après avoir été chargé de l’enquête nationale sur la coopération entre la culture et l’éducation, il constatait l’attitude très consumériste de l’école vis à vis des bibliothèques.

A entendre des dizaines de bibliothécaires en formation, la situation a peu changé.

Et l’on est en droit de s’inquiéter face aux nouvelles directives ministérielles de la rentrée qui imposent aux enseignants de cycle 3 la lecture de dix titres pris dans une liste imposée. Comme les enseignants ne connaissent pas les livres (au demeurant très bons voir même trop bons livres car relevant de l’exceptionnel), certains sont allés voir les libraires en septembre : on voudrait voir la sélection. Comment vous n’avez pas les 180 livres en rayon ? Alors donc voir en Bibliothèque ? Vous pensez bien que vos relais n’ont pas les livres. Je pense pouvoir assurer qu’aucune bibliothèque de France n’a les 180 livres enregistrés dans son ordinateur. Et qui va payer ? Pas d’argent dit l’école ! Les bibliothèques n’ont qu’à nous les prêter ! Même si la liste a été établie par des bibliothécaires très qualifiées, quels rôles vont jouer les bibliothécaires du terrain ? Encore une fois la bibliothèque est complément de l’école. Elle n’est pas partenaire. Si la bibliothèque veut être partenaire à part entière, c’est-à-dire ne pas faire pour l’école mais avec l’école, elle doit être un moteur et un lieu de lectures partagées. Et pour ce faire elle doit faire une offre aux scolaires : celle de vivre une histoire commune de lecture avec une classe, c’est à dire avec l’enseignant, les enfants et leurs familles.

Pour vivre une histoire commune de lectures, il faut :

1. Avoir une assise commune de lecture

Faire une offre limitée de livres au groupe classe. D’ou la constitution de pack-lecture au double sens de paquet et de pacte, reliés ou non par un fil (un thème, un héros, un auteur), ce qui donne un socle sur lequel caler des ouvertures culturelles et sociales. Une douzaine de titres sélectionnés par ceux qui connaissent les livres (les bibliothécaires). Le livre n’est plus l’objet personnel que l’enfant emprunte au hasard. Au centre du projet, il est outil individuel et collectif. Il parle à l’imaginaire de chaque enfant et de chaque adulte, son jardin secret, en même temps qu’il embarque le groupe dans une aventure commune qui éveille la curiosité, suscite des occasions d’échange et organise une mémoire vivante des textes. Les acquisitions sont elles aussi partagées, l’école met des sous dans l’affaire.

2. Engager l’histoire avec les lecteurs

Ce sont les animations de présentation des livres qui ont lieu à la bibliothèque sur le principe d’un livre phare, qui sera promu intégralement, et des lectures périphériques qui seront simplement introduites à charge à l’enseignant de relayer la bibliothécaire surtout en maternelle en lisant ensuite les albums aux enfants. L’accueil de la classe est centré sur le contenu des livres et le temps de la rencontre comme un moment exceptionnel pour lequel on investit et on prend le temps nécessaire à sa réalisation.

3. Accompagner la lecture

La bibliothécaire se retire. L’histoire de lecture va se jouer dans le groupe classe. L’enseignant organise le prêt, visualise les emprunts. Il vitalise la lecture par exemple avec un carnet de bord . Il enracine la lecture par des liens avec des activités d’apprentissage, des jeux de repérage, des exercices d’écritures ou d’oralité pour promouvoir le livre, en discuter, thésauriser de l’imaginaire, encourager des séquences d’interprétation. Les activités succèdent à la découverte des livres. Elles sont des balises qui bornent l’itinéraire individuel et collectif des lecteurs.

4. Relier la littérature à la vie sociale et culturelle

Deux exemples avec Le Noël de Monsieur Belloni (Ben Kemoun, Père Castor-Flammarion) et les artisans du bois. Nina de Krings à L’école des loisirs et les beaux livres d’art sur la mer. Les bibliothécaires reprennent contact avec les scolaires. En présentant des beaux livres,
elles font connaître le fonds documentaire jeunesse et adulte
elles font savoir qu’une bibliothèque c’est aussi un espace de consultation
elles aident à une contextualisation des histoires par des images et du son.

5. Partager la lecture

Clore l’aventure commune avec ceux qui l’ont engagée (les bibliothèques) qui auront enfin un peu de retour.
Prolonger l’aspect contagieux de la lecture. Singulariser au moins une lecture c’est à dire accorder de l’importance au lecteur et à son plaisir interprétatif qui fait que c’est la lecture qui est investie par les lecteurs et non pas le livre. Une des meilleurs formes est sans doute la mise en scène cadrée comme la marionnette qui allie oralité et arts plastiques. Les partages de lecture s’organisent dans les bibliothèques sous formes de rencontres privées (entre classes) ou publiques et sous forme d’exposition des mises en scène.

Conclusion

La stratégie est simple. Elle repose sur l’idée de réseaux de livres et de lecteurs. Elle permet à chacun, adulte et enfant ou jeune, d’être acteur, tantôt à l’avant-scène, tantôt en coulisses :
Les bibliothécaires sont les passeurs de textes,
les enseignants et les familles sont des accompagnateurs de lecture
les scolaires sont des parleurs d’histoire.

Voilà ce que permet le voyage-lecture, le 10e du nom en Saône-et-Loire, mené en coopération avec la BDP et sur son territoire, fédère cette année, 33 bibliothèques de la grande ville au tout petit relais (soit 50 bibliothécaires jeunesse) et 165 classes ou groupes sans compter l’Ain où l’annexe de Pont-de-Vaux joue comme Livre et lire le rôle d’agence de voyage-lecture avec une douzaine de classes.

A celui d’entre vous qui se demanderait le rôle possible d’une BDP dans cette aventure de coopération, je répondrai ceci : les magasins et les bibliobus sont habités en bonne partie par de la littérature. La littérature prétend parler du dialogue entre l’homme et le monde. La lecture de la littérature doit emprunter le même chemin. Reste à en inventer l’accès et se donner les moyens de s’y engager.



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