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Les " nouvelles dessertes " : toucher les publics hors de la bibliothèque

Anne Duquesne, responsable du secteur Jeunesse et quartiers à la Bibliothèque départementale du Val-d’Oise

publié le lundi 15 août 2005

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Comment une bibliothèque départementale de prêt peut-elle atteindre des publics spécifiques à travers des structures et des intermédiaires inhabituels ? Voici quelques exemples dans le Val d’Oise, un département petit en superficie, avec une population jeune et nombreuses.

1. Le service petite enfance

Créé en 1992 dans le cadre du Plan départemental de développement de la lecture mis en place par le Conseil général, il a pour ambition de développer les rencontres entre le livre et la petite enfance.

Que cherchons-nous à transmettre ?

Nous nous appuyons sur le travail de recherche mené par l’association ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations), pionnière dans le domaine de l’action culturelle en direction de la petite enfance.

Autour de 1980, les consultations médico-psychologiques ont été débordées par des demandes concernant des enfants non lecteurs : quelques-uns devaient en effet bénéficier de soins spécialisés, et d’autres non.

A la même période les travaux de linguistique et de pédagogie démontraient l’importance d’un jeu avec le récit, avec les formes narratives de la langue qui doivent précéder et accompagner les acquisitions de l’écrit par l’enfant.

Pour tenter de faire front aux échecs scolaires, ACCES proposait d’impulser des actions concernant les services du livre.

Les idées avancées alors étaient :

  • que les échanges autour des récits et spécialement avec la toute première littérature enfantine sont un ciment de premier choix pour unir une collectivité,
  • que le livre est outil culturel ne prenant toute sa valeur que dans une relation avec l’adulte,
  • qu’il existe une période sensible dans la toute petite enfance où tous les enfants sont au même niveau.

Pour le professeur René Diatkine alors président de l’association, les enfants ne naissent pas inégaux mais ils le deviennent à la suite de difficultés familiales et sociales dont on prend acte et qui entraînent trop souvent une attitude de fatalisme.

Ainsi depuis 1992 la Bibliothèque départementale s’efforce de mettre des récits et des albums à la dispositions des très jeunes enfants et de leur entourage en s’appuyant sur des structures existantes et en incitant ces structures à coordonner leur action.

Comment avons-nous procédé ?

1. Création et développement de lieux de lecture dans les structures d’accueil des jeunes enfants.

Il a d’abord fallu recenser ces lieux d’accueil, informer les équipes que le service petite enfance mettait gratuitement à leur disposition un fonds spécifique de livres pour les très jeunes enfants

2. Mise en place d’un dispositif de formation dont le principal objectif est de former des relais ou Comment donner envie aux adultes d’ouvrir les livres avec les enfants.

Durant les premières années, 2 ou 3 fois par an à la Bibliothèque départementale a proposé une formation dite de base d’une journée intitulée Le livre et le jeune enfant, destinée à des personnes de différents secteurs professionnels (bibliothécaires, éducateurs de jeunes enfants, puéricultrice, enseignants) des diverses communes du département.

Il s’agit au cours de cette journée :
-* de tenter de repérer ou et comment s’enracine le désir de lire, -* d’apprécier l’impact d’une approche précoce du livre sur l’apprentissage ultérieur de la lecture, -* de découvrir la production littéraire pour les jeunes enfants, de l’analyser, la critiquer, -* de réfléchir sur la place de l’adulte dans sa relation avec l’enfant et le livre, -* d’aborder les questions habituelles : faut-il suivre le texte, les livres déchirés, les histoires qui font peur, l’histoire du soir, toujours la même histoire...
D’autres formations ont lieu sur sites à la demande des communes, pour les équipes de crèche familiale et pour les assistantes maternelles qu’elles dépendent de crèches familiales des communes ou des centre de protection maternelle et infantile du Conseil général.

Ces assistantes maternelles nombreuses, qui à longueur d’année répondent aux besoins constants du jeune enfant selon un enchaînement répétitif, exigeant, qui peut, très vite, les isoler. Comment leur faire entendre l’intérêt, l’importance d’un éveil culturel précoce ?

En partant de là où elles en sont par rapport à la lecture... Pour la formation nous leur demandons souvent d’apporter un livre pour enfant, un livre qui vient de " chez elle " et l’on échange d’abord su ces livres-là. Dans certains groupes, certains quartiers, les livres apportés n’ont généralement rien à voir avec les ouvrages dont nous disposons en bibliothèque.
Nous parlons aussi de leurs lectures personnelles : les romans de Stephen King, Jamais sans ma fille, etc.
Certaines expliquent pourquoi elles n’ont jamais aimé lire, d’autres diront combien elles aimeraient avoir le temps, quelques-unes enfin sont désolées : elles ne savent pas lire.

Alors on échange sur le fait qu’il existe aussi des récits que ne sont pas dans les livres en insistant sur l’importance de la place tenue par l’assistante maternelle pour transmettre ces récits aux tout-petits, elle qui les ont en charge bien avant l’école ! La petite bête qui monte. Premières caresses auditives, bien parler, une étape avant le bien lire. Ce lui ci est allé à la chasse.... Premier récit qu se jour sur la main avec le tout-petit auquel l’enfant s’identifie.
Et les jeux de visage... au nom du père, et de la mère, et de l’enfant. Tout ce qui est bon se forme là-dedans. Et le visage de certaines femmes qui n’avaient pas encore osé prendre la parole s’éclaire : " On a cela aussi chez nous " ! L’équivalent de ces expressions existe dans leur pays. Elles les disent dans leur langue.

On en vient à présenter le livre Enfantines de Marie-Claire Bruley et Lya Tourn qui rassemble 180 formules s’adressant à l’enfant qui ne parle pas encore.

Un ouvrage qui remporte toujours l’adhésion des assistantes maternelles parce-qu’elles s’étonnent d’y retrouver valorisées leurs formules et jeux de nourrice. Les échos suscités par ce livre confirment avec évidence que le folklore enfantin est encore vivant et que même caché, même malgré la fragilité de la transmission il a toujours sa raison d’être car ces formules, premier patrimoine de l’enfance, ont à voir avec la construction de l’identité.
Les berceuses également qui ont été inventées en parties pour les enfants qui n’ont pas sommeil trouvent une place primordiale au cœur de cette tradition toujours transmise parce qu’elles accompagnent les premières séparations.
Elles atténuent l’angoisse de cette coupure inhérente à l’endormissement lorsque l’enfant se retire de la continuité de la vie. En mettant en mots ce qui se passe pendant son sommeil, et ce qui l’attend à son réveil, elles l’inscrivent dans un devenir :

Fais dodo, Colin mon petit frère...
Maman est en haut, qui fait un gâteau
Papa est en bas, qui fait du chocolat....

L’on découvre ensuite une version pour une petite fille : Fais dodo, ma p’tit sœur Virginie... Où il est question de tripot, mot qui au XIIème siècle désignait l’intrigue et l’acte amoureux : papa est en haut qui fait son tripot

Maman est en bas qui fait son tracas....

Et ainsi, simplement, le livre devient " objet d’intérêt " : " Vous croyez qu’ils ont ces livres à la bibliothèque ? " demandent-elles. Oui, la bibliothèque municipale possède très certainement ces ouvrages !

Et les Enfantines ne sont qu’un fragment de la fresque orale qui s’étend tout au long de l’enfance : viennent ensuite les comptines, les chansons, les contes...

Parler des livres devient de plus en plus joyeux quand on présente par exemple le travail des éditions Didier autour des chansons les plus traditionnelles et qu’il s’agit de chanter entièrement ne serait-ce qu’une chanson, Dame Tartine ou Le p’tit quiquin.

Et pour celles qui ne savent pas lire on insiste sur la lecture de l’image, le livre sans texte prétexte à parler, à émettre des hypothèses (et ce qui compte c’est la façon dont sont reçues les hypothèses émises par les enfants).

Les imagiers ne représentent pas toujours des tétines et des bavoirs ! Ainsi Petit musée de Grégoire Solotareff à l’École des loisirs rassemble des reproductions d’œuvres d’art, des images esthétiques pour les petits comme pour les grands.

Étonnement, surprise encore au moment de la présentation des ouvrages d’Anthony Browne avec ses clins d’œil aux artistes les plus connues (Marcel rêve aux éditions kaléidoscope).

Autre type de formation, celle qui s’approche d’une " faire voir " d’un " faire avec ", l’une des plus authentiques peut-être, c’est l’opération Lecture à bord qui se mit en place en 1997. Il s’agit, avec un bibliobus rempli de livres, spécialement aménagé pour les enfants et les parents, de contribuer à l’initiation au livre et à la lecture de publics jusqu’alors éloignés des bibliothèques, d’aller vers les familles dans les quartiers les plus en difficulté sans pour autant les considérer à part.

Mettre en place quelque chose de l’ordre de l’expérience, une formation à la fois animation, sensibilisation qui permette de faire voir, de laisser découvrir la richesse de la littérature enfantine, l’exploration par le tout jeune enfant de l’objet livre, la jubilation du tout petit, sa capacité d’écoute, son appropriation parfois subtile du langage. Et tandis que l’adulte ramené aux sensations de sa propre enfance redécouvre et s’émerveille, le tout jeune enfant dont on dit qu’il est trop petit pour comprendre ou trop remuant pour écouter affiche tout à coup son intérêt, son plaisir et gagne soudain de statut de lecteur.

Opération "Lecture à bord" dans le quartier des Chardonnerets à Sarcelles. 1998.

Le bibliobus s’installe près d’un camion itinérant de consultation PMI pour des animations autour du livre qui se fait conjointement au travail médical et éducatif. Une équipe est là pour faire face aux carences alimentaires, carences de soins, d’hygiène physique, pourquoi pas aux carences d’accès à l’imaginaire.
Il apparaît à tous au premier abord, naturel de nourrir et de prendre soin physiquement d’un enfant. Par contre, l’absence de vie imaginative frappe moins alors qu’elle a des effets tout aussi néfastes sur l’avenir un peu lointain de l’enfant.
Par le biais des histoires raconter, l’on tente de limiter quelque peu la répétition transgénérationnelle de l’exclusion et les livres dans cette démarche de prévention sont à eux seuls un atout majeur, une porte ouverte vers l’imaginaire qui était jusque là un domaine ignoré mal vécu ou interdit même dans certaines familles.
Pour ces familles qui exprimaient en quittant le bibliobus le regret de ne pouvoir " emporter les livres à la maison " il apparaissait naturel de réfléchir au renforcement de l’offre de lecture s’adressant à ces publics en créant des points de lecture au plus près de leurs lieux de vie.

2. Les Quartiers livres

C’est ainsi que s’est mis en place en 1999 l’opération Quartiers livres, qui permet d’organiser l’accès au livre et à la lecture pour les enfants et leurs parents sous la forme de relais livres dans les quartiers d’un certain nombre de villes du département.

Proposer des lectures hors des bibliothèques classiques dans des lieux fréquentés par la population visée pour d’autres raisons que la lecture : centre sociaux, maison de quartier, accueil de jeunes enfants, aide au devoir, activités socioculturelles diverses.

Il s’agit d’organiser au sein d’une structure présente une micro bibliothèque avec les modes de gestion classiques d’une bibliothèque :

  • un lieu
  • une présentation relative des livres sur place
  • une gestion des prêts

Cette formule permet de

  • garantir la pérennité de l’offre
  • responsabiliser la structure sur le projet d’offre de livres
  • responsabiliser les utilisateurs ce qui a une double signification (respect du bien public, respect du livre)

Elle suppose que la structure mette à disposition du projet :

  • une pièce ou au moins une partie de pièce bien identifiée
  • du mobilier
  • le temps de travail d’une personne désignée clairement comme responsable de la gestion du fonds de livres, même si elle est aussi chargée d’autres tâches
  • la Bibliothèque départementale du Val d’Oise, fournit, les documents, un système de prêt manuel (pochettes et carte de lecteur), et le matériel de communication (affiches, marque pages)

Mais, en deçà de ce modèle, quelles solutions ? Il est évident que :

  • des livres seraient utiles dans de nombreux endroits où une telle gestion n’est pas possible
  • certaines structures prête à mettre à disposition des livres ne sont pas prêtes à assurer une telle gestion.

On l’a vu : au moment du désherbage, du déstockage de la bibliothèque, des équipes de la CAF (Caisse d’allocations familiales) sont venues récupérer pour des salles d’attente une quantité de livres défraîchis à notre avis mais qui semblent convenir à ces partenaires surtout parce qu’il s’agit d’un dépôt permanent sans demande de retour. Peut-être faudrait-il explorer la piste d’un don d’ouvrages neufs non préservés que nous pourrions appeler " soutien à fonds perdu ".

- La création d’un " quartier livres " est une démarche complexe à l’issue peu prévisible. -

  • Pour les structures susceptibles d’accueillir un fonds de livres, il s’agit d’une activité supplémentaire non prise en charge naturellement qui suppose qui soient remplies les conditions dont on vient de parler : le local, mobilier, responsable.
  • Il s’agit de travailler avec des partenaires multiples et inhabituels, démarche complexe car elle met en relation des structures (bibliothèques et organismes à caractère social) qui ont des logiques différentes et peu d’habitude de travailler ensemble.

Elle suppose souvent un accord ou une collaboration de partenaires multiples ce qui accroît le temps de mise en place et les risques d’abandon.

  • Enfin, concernant la relation avec les bibliothèques municipales, on pourrait imaginer une règle simple selon laquelle la bibliothèque municipale est automatiquement partenaire du projet, l’action du Conseil général étant justifié par son expérience et son rôle d’appui, mais sur le terrain, il arrive que la bibliothèque municipale ne soit pas en mesure de participer ni même ne constitue un équipement attractif à populariser au sein du " quartier livres ".

En ce cas, l’action du Conseil général relève d’indiscutables insuffisances.
A long terme, il est permis d’espérer qu’elle ait un effet de stimulation.

Actuellement dix Quartiers livres fonctionnent.
Une opération certes modeste quant au nombre de prêts (6000 documents en dépôt dans les quartiers) mais dont le bénéfice est reconnu par le public utilisateur. Les pistes sont nombreuses : 40 centres sociaux dans le Val d’Oise (8 à 10 dans les autres départements petite et grande couronne).

3. Lire et faire lire dans le Val d’Oise

L’opération Lire et faire lire est un programme national né d’une action menée à Brest depuis 15 ans et soutenu par l’écrivain Alexandre Jardin. Il s’agit d’un programme d’aide à la lecture pour les enfants de grande section de maternelle, de CP, CE1 et CE2 (cycle d’apprentissage de la lecture) : L’écrivain, qui jette un regard critique voir grandiloquent sur l’action des pouvoirs publics, affirme : " Il est temps que la société aide l’école de façon concrète, efficace et fraternelle "

Ce projet est soutenu par plus de 120 écrivains et le ministère de l’Education nationale et mis en oeuvre dans les départements par la Ligue de l’enseignement et la Fédération nationale des associations familiales.

Il a pour objectif de transmettre aux enfants et en particulier à ceux qui rencontrent des difficultés dans l’apprentissage de la lecture le plaisir de lire, d’écouter et de raconter des histoires.

Concrètement, il s’agit pour des bénévoles retraités de venir lire dans les écoles des livres à des groupes de trois à six enfants en dehors des heures de classes.

Ce projet a pris une ampleur particulière dans le Val d’Oise depuis janvier 2000.

Plus de deux cents retraités bénévoles se sont d’abord portés volontaires. Cent quarante d’entre eux persévéré et suivi un programme de sensibilisation de trois demi-journées organisées par la Ligue de l’enseignement du Val d’Oise et la Bibliothèque départementale autour de la connaissance de la littérature enfantine, de la lecture à haute voix, et de la mise en place d’une séance de lecture.

Priorité est ici donnée à la formation de tous les lecteurs bénévoles avant toute intervention auprès des enfants. Ces réunions permettent de rencontrer tous les retraités plusieurs fois et de travailler avec eux sur le sens et la préparation de leur action. Elles sont animée par des professionnels de la littérature enfantine.

L’action Lire et faire lire est mise en place à la demande du directeur d’école. Les séances de lecture ont lieu une ou plusieurs fois par semaine, le midi ou le soir, durant toute l’année scolaire. Leur durée est d’une demi-heure.

Un planning hebdomadaire des interventions est mis en place par la Ligue de l’enseignement du Val d’Oise avec l’équipe enseignante de l’école en fonction de ses besoins et avec les lecteurs retraités bénévoles en fonction de leurs disponibilités.

Tout au long de l’année, la Ligue de l’enseignement du Val d’Oise, l’Association départementale Lire, partenaire du projet, et la Bibliothèque départementale organisent des rencontres entre les lecteurs bénévoles et des écrivains ou illustrateurs pour la jeunesse et des bibliothécaires. Pour approfondir la connaissance de la littérature enfantine.

Sont également proposés aux lecteurs bénévoles des bilans par école et un point trimestriel général.

Les lecteurs interviennent dans une trentaine d’écoles du département. Plusieurs communes se sont manifestées afin d’intégrer ce projet aux actions menées dans le cadre de contrat éducatif locaux ou dans des projets portant sur le lien entre générations.

L’Inspection académique soutient cette opération. Un comité de pilotage départemental doit être créé associant l’Inspection académique, la Ligue de l’enseignement du Val d’Oise, l’Union départementale des associations familiales, la Bibliothèque départementale et la Direction régionale des affaires culturelles.

Que fait la Bibliothèque départementale ?

Elle participe à la formation des lecteurs bénévoles.

En association avec la ligue de l’enseignement du Val d’Oise, elle joue le rôle de relais auprès des bibliothèques municipales afin que celles-ci soient associées en tant que centres ressources et qu’elles permettent aux lecteurs bénévoles un emprunt de livres gratuit et en nombre suffisant.

Elle met à disposition des lecteurs un important fonds de livres pour enfants que les retraités peuvent consulter et emprunter.

Quels enseignements pour une opération qui n’en est qu’à ses premiers mois d’existence ?

C’est intéressant, structurant et perturbateur.

  • intéressant parce qu’au travers de cette rencontre se noue un dialogue essentiel pour la construction et le développement de l’enfant permettant un travail sur l’écoute, l’attention et l’imaginaire.
  • Intéressant parce qu’on rencontre l’enfant lecteur là où il est et non à la bibliothèque où quelques-uns auraient choisi d’aller. L’école est le seul lieu où l’on peut rencontrer tous les enfants
  • Intéressant par son côté intergénérationnel, puisque des actifs aident des retraités à mener une action en direction d’enfants.
  • Structurant parce que la Bibliothèque départementale se positionne comme interlocuteur pour toute opération générale concernant la lecture et se déployant sur le département et que la bibliothèque municipale, si elle le veut, peut adopter le même positionnement sur la commune.
  • Perturbateur car des gens n’habitant pas une commune et n’y travaillant pas (mais voulant seulement aller y raconter des histoires à des enfants) se voient refuser le prêt de livres à la bibliothèque municipale. Une lettre circulaire a été envoyée aux bibliothèques pour y remédier et cela n’empêche pas les déconvenues.
  • Perturbateur parce que s’introduisent de nouveaux acteurs, d’autres médiateurs auxquels le monde des bibliothèques se doit bon gré mal gré de faire place.

Mais n’est-il pas de notre mission de conseiller des amateurs naïfs parfois mais pleins de bonne volonté, de les aider à travers la production éditoriale, de peut-être les aider à transmettre la richesse de la littérature enfantine au plus grand nombre.

Pour conclure

  • Les missions dont j’ai parlé sont nouvelles dans le sens où elles ont été décidées après la décentralisation sans relations directes avec les missions héritées de l’État.
  • Elles ignorent la limite des 10 000 habitants.
  • Elles tiennent compte d’une double priorité
    • La jeunesse dès la petite enfance
    • Les milieux urbains défavorisés : c’est bien dans ces quartiers que les besoins sont les plus criants, que la distance à la bibliothèque est la plus grande.
  • Ces actions se déploient hors des bibliothèques : il s’agit de mettre le livre sur le chemin des hommes.
    • Les critères d’évaluation ne sont pas ceux des bibliothèques. Le bénéfice de ces actions ne peut se quantifier uniquement en nombre de prêts.
    • Au bout du compte, elles peuvent avoir pour effet d’amener des publics nouveaux vers les bibliothèques si celles-ci sont à même de les accueillir dans de bonnes conditions.
    • La bibliothèque municipale est toujours informée, parfois associée.
  • Ces actions jouent un rôle de complément et de stimulant vis à vis des structures municipales.
    • Complément parce que les structures municipales ne pourraient pas toujours les mener elles-mêmes.
    • Stimulant car des insuffisances d’infrastructures (bâtiments, personnels, collections) sont révélées.
  • Ces missions supposent de la part de la bibliothèque des moyens matériels et humains :
    • des collections
    • une expertise pour le conseil, la formation, la constitution des fonds.

Questions à Bernard Voltzenlogel et Anne Duquesne

Marie-Christine Pascal

Bernard Voltzenlogel pourrait-il préciser si le département de la Dordogne a mis des moyens supplémentaires pour mettre en place la carte documentaire dont-il a parlé, aussi bien en termes de budget que de personnel ? Les communes du réseau participent-elles également à l’effort en terme des moyens ?

Bernard Voltzenlogel

A l’époque du travail sur la carte, j’avais également en cours un projet de restructuration du réseau et de l’ensemble du dispositif d’aide du Conseil général vis-à-vis des bibliothèques locales. Le choix était simple : soit je restais dans l’existant, soit j’engageais le travail de carte dont l’évaluation ultérieure pouvait amener à refondre tout le dispositif...Mais sans garantie de croissance des moyens d’aucun côté.

En interne, nous avons naturellement fait des choix et redéployé les moyens, le personnel notamment, en sacrifiant assez largement les tournées de bibliobus qui ont été profondément remises en cause au profit d’une navette. Derrière cette navette a été mis en place un service de réservations qui traite actuellement un peu plus de 25 000 demandes par an. On répond aux demandes dans un délai maximum d’une semaine pour un taux de satisfaction de 97%.

Autre question

Existe-t-il dans l’environnement de la Dordogne une agence régionale de coopération ?

Pour le Val-d’Oise, l’Association ATD Quart-Monde est-elle présente sur le département ?

Bernard Voltzenlogel

Oui , il existe bien une agence de coopération, il s’agit de CBA qui existe depuis 1987 ; elle est concernée par l’un des programmes dont je parlais, le fonds Périgord départemental, puisque nous avons sous-traité avec cette association pour qu’elle recrute un professionnel chargé de la rétro-conversion des fonds concernés. Nous allons, je pense, développer notre partenariat avec cette association sur ce type de projets

Anne Duquesne

ATD Quart-Monde existe sur le Val-d’Oise. Nous connaissons bien cette association, nous travaillions régulièrement avec elle, par exemple lors de l’organisation, trois fois par an, de journées Coups de cœur, au cours desquelles nous mettons en valeur des éléments de production de l’édition jeunesse.

Hugues Van Bésien

J’ai trois types de réserves à émettre en ce qui concerne l’organisation de circulation transversale.

La première, c’est que, pour des petites bibliothèques, les fonds se recouvrent largement ou s’équivalent... Y a-t-il alors vraiment intérêt à mettre en place une circulation entre ces bibliothèques ?

La seconde consiste à se demander s’il existe véritablement une demande. Il me semble en effet que les publics perdent en diversité à mesure que l’on descend dans la hiérarchie urbaine. La troisième porte sur le fait que l’on est en train de remplacer un bibliobus qui transportait des collections par des navettes qui transportent des titres.

Autant je comprends la structuration verticale dans ce qu’elle comporte de complémentarité, autant la structuration horizontale entre unités locales de lecture ma paraît problématique.

Bernard Voltzenlogel

Il y a beaucoup d’éléments d’interrogation dans cette intervention. L’une des convictions que je ne remettrai sans doute jamais en cause est celle de la nécessité de mettre en place, dans un réseau, une circulation dynamique des documents... de la BDP vers les bibliothèques locales, mais également d’une bibliothèque vers une autre bibliothèque. Le réseau horizontal me semble nécessaire. C’est lui-même un réseau très nuancé. Une discrimination positive est nécessaire pour arriver à une véritable égalité de service. C’est ainsi que nous n’hésitons pas à mettre le paquet sur des petites communes (pour des raisons diverses), parce qu’elles nous permettent de structurer le réseau.

Prenons en exemple le service de réservations dont je parlais. Les communes qui nous sollicitent le plus sont les petites communes : elles ont compris que s’ouvrait ainsi à elles le moyen, au bout du compte, de renouveler ainsi, par la navette, le fonds qui leur est déposé. Le bibliobus propose certes un fonds constitué, organisé, etc...et nous ne le rejetons pas systématiquement, comme nous ne l’utilisons pas non plus systématiquement. Ce qui compte pour moi, c’est qu’un lecteur puisse obtenir ce qui n’est pas dans sa bibliothèque ; qu’il commence par pouvoir le demander à sa bibliothécaire et l’obtenir dans un délai raisonnable. C’est cette satisfaction-là qui fait revenir les gens à la bibliothèque.

A l’autre bout de la chaîne, des BM de 5000 lecteurs, avec des fonds de 15 000 documents, nous ont demandé de n’effectuer leurs renouvellements que par la navette, à la carte, en fonction des besoins exprimés.

Aujourd’hui, un tiers des opérations de renouvellement s’effectuent dans les magasins de la BDP ; c’est une façon de servir la demande au plus près.

Marie-Pascale Bonnal

Ma question s’adresse à Anne Duquesne. Pourriez-vous, s’il vous plait, nous parler de la façon dont le projet été programmé ainsi que de la manière dont la concertation a été menée avec les communes et les institutions comme la CAF, la DDJS, les secteurs professionnels concernés...

Anne Duquesne

Dans la plupart des cas, après information, les professionnels de la petite enfance ont adhéré aux programmes de formation que nous proposions. Dans le cas de Sarcelles, les choses ont été différentes. Les actions s’y sont installées au coup par coup, à mesure que les structures faisaient appel à nous. Ce n’est qu’ensuite que nous avons informé la Ville de l’ensemble des actions que nous menions.

Françoise Danset

Il faut rappeler que Sarcelles vit dans un dénuement incroyable. La bibliothèque, pour une ville de plus de 50 000 habitants, fait 900 m2. Elle n’est pas informatisée. Elle n’a pas d’annexe. Elle est en deuxième étage d’un immeuble.

Dominique Lahary

Il est certain que notre action révèle parfois des insuffisances, et parfois des insuffisances criantes. La question est importante : nous n’avons certes pas à avoir d’actions substitutives, surtout à l’égard des grandes communes. On peut espérer, par contre, avoir une action incitative et stimulante.

Annie Dourlent

Les villes de plus de 10 000 habitants sont-elles associées à la carte documentaire départementale de la Dordogne, en dehors des aspects patrimoniaux ?

Bernard Voltzenlogel

Pour le moment, ces villes n’ont pas été associées. Il s’agit en fait de deux villes : Périgueux et Bergerac. Nous travaillons cependant dans le cadre du Pôle international de préhistoire avec Bergerac. Cette ville est également prévue dans l’extension 2004 du fonds Périgord départemental. Périgueux y est déjà, ainsi que dans le Pôle Préhistoire.



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