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La formation : substantificque moelle pour charpenter le réseau et favoriser sa cohésion,

Joëlle Pinard Directrice de la Médiathèque départementale de la Drôme

publié le lundi 15 août 2005

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En 1997, lors de nos rencontres de Lille, j’évoquais déjà le rôle de la formation des bibliothécaires bénévoles à deux titres :

  • comme outil dans la stratégie de développement des bibliothèques communales, avec pour résultat la multiplication d’équipements et amélioration des services,
  • comme outil de gestion des ressources humaines pour élever le niveau des compétences et contribuer à la satisfaction du public.

En 2001, l’angle d’attaque de nos journées de Metz est un peu différent mais place toujours la formation comme un outil au cœur de nos stratégies : en quoi la formation peut-elle charpenter un réseau départemental de lecture publique, favoriser sa cohésion et développer une culture du partenariat ?

Que la mission soit autoproclamée, pensée, avouée ou souterraine, la formation reste un axe fort du travail en bibliothèque départementale.

  • D’ailleurs, le besoin de formation ne date pas d’aujourd’hui, il existe dès l’origine du bénévolat : déjà dans les années 50 une bénévole de la bibliothèque populaire de Dieulefit, issue du mouvement protestant des écoles du dimanche raconte qu’elle participait aux congrès de l’ABF et profitait des repas pour poser ses questions aux professionnels et résoudre ses problèmes pratiques et théoriques !
  • Le besoin de formation ne concerne pas seulement les bénévoles en bibliothèque et la réponse se trouve auprès des professionnels, qu’on parle des animateurs clubs sportifs avec les conseillers techniques jeunesse et sport, qu’on parle des troupes de théâtre amateur avec les comédiens des compagnies professionnelles. Le bénévolat se professionnalise : 29% des bénévoles suivent aujourd’hui une formation (chiffres du Conseil national de la vie associative, source de 4e main non vérifiée)

En quoi la formation donne-t-elle de la cohésion au réseau ?

Quelques éléments d’appréciation au bout de quinze ans d’expérience dans ce domaine :

  • D’abord en motivant, en fidélisant et en maintenant l’intérêt et la dynamique des bénévoles. La durée moyenne d’engagement d’un bénévole est réputée être de 5 ans ; ceux qui se forment s’impliquent plus longtemps, tiennent mieux le coup, un travail sur la durée peut s’engager... mais cela varie beaucoup avec la conception de la formation proposée ; il ne s’agit pas d’offrir que de la technique bibliothéconomique mais des ouvertures intellectuelles profitant à la personne : pas de gestionnite mais de la curiosité. Il semble que les bibliothécaires québécois, avec des méthodes par trop structurées aient perdu cette bataille et ils se plaignent beaucoup d’un turn over fort.
  • Bien sûr en homogénéisant les pratiques avec un référentiel de base commun à tous les acteurs C’est le travail de masse d’accroissement des compétences, de mise à niveau comme dans l’école publique, laïque et obligatoire de Jules Ferry. Mais le référentiel n’est pas facile à établir et la culture commune est bien difficile à acquérir, on a beaucoup de mal à l’évaluer ; la formation des bibliothécaires bénévoles ne peut se cantonner à une conception logisticienne et normative de la bibliothéconomie. Le réseau de professionnels rompus aux techniques et à la culture du métier ne saurait transmettre tels quels ses acquis ; le public en face est expérimenté, vivant, adulte et quelquefois réticent ; rien n’est obligatoire et ne saurait le devenir.
  • en adaptant l’offre de formation à l’évolution des besoins : aujourd’hui lorsque le travail de masse semble accompli, lorsque le réseau s’est transformé, les besoins ont évolué, la proposition doit se diversifier. Le maintien d’une offre en formation de base pour les nouvelles équipes (création ou renouvellement), le développement d’une offre de formation continue (thématique ou spécialisée) et les actions de dynamisation nécessitent un équilibrage savant, surtout rapporté aux forces de travail de l’équipe de la médiathèque départementale. Mais jusqu’où faut t’il aller dans la spécialisation, à quel moment est-il nécessaire de passer à la professionnalisation et donc exiger qu’il y ait des professionnels bénévoles à orienter vers les organismes prévus pour (CNFPT) et ne pas répondre au besoin exprimé de demande de formation des bénévoles ? Autrement dit, à partir de quel seuil passe t’on des soins primaires aux soins palliatifs ?

La formation permet de charpenter le réseau, de créer des équipements qui s’améliorent, de motiver les troupes mais les contenus et les formes de la formation ne sont pas innocentes : méfions nous de ne point calcifier le squelette !

  • en instaurant des relations de réciprocité qui accroissent la confiance dans la prestation formation : quoi de plus stimulant pour des bénévoles que d’être sollicités pour recevoir un groupe de conservateurs stagiaires à l’ENSSIB(1) ou de professionnels en formation continue à l’IFB(2), pour accueillir la délégation d’élus et de bibliothécaires de Nouvelle-alédonie pour présenter leur service : c’est un honneur pour les bénévoles et les élus ; c’est une reconnaissance de la place qu’ils occupent dans le réseau par la médiathèque départementale.
  • cohésion encore en permettant la comparaison, l’évaluation et en jouant sur l’exemplarité donnée par les pairs : les rencontres d’une quarantaine de bénévoles représentant une dizaine de bibliothèques dans une bibliothèque communale permettent des échanges entre pairs. La critique ou l’étonnement ou l’appréciation d’une pratique professionnelle par des pairs est bien plus efficace du point de vue pédagogique que le verdict du maître, les repères et les références s’acquièrent plus facilement.
  • en crédibilisant les bibliothécaires professionnels comme interlocuteurs valables : l’assistant n’est plus seulement celui qui distribue les livres dans la tournée, il apporte autre chose : conseil, soutien, formation. Il aura peut être des difficultés à intervenir pour faire du tri, il se valorisera à coup sûr en présentant des albums sur un thème. Par son intervention en formation le personnel accroît ainsi la reconnaissance de ses compétences par les bénévoles.

La structure de l’offre de formation n’est pas donc innocente non plus : un choix sur catalogue de prestations de formation délivrées à la centrale ne nous paraît pas être la bonne méthode pour développer le sentiment d’appartenance et pour se sentir chez soi n’importe où. Plus il y a décentralisation des offres et rapprochement du public potentiel, plus la notion de réseau se conforte, plus les relations interpersonnelles jouent et meilleure est la réactivité à des propositions de formation plus élaborées ou moins " populaires " que la médiathèque départementale (littérature d’Europe centrale ou orientale, littérature d’Haïti...).

La formation permet aussi aux bibliothécaires bénévoles

  • de développer leur rôle social dans la communauté et faire prendre conscience de leur responsabilité en tant que service public : la lecture commentée de la charte du bénévole permet un passage de l’engagement individuel au sens du collectif,
  • de se situer dans leur environnement et donc de pouvoir agir,
  • de connaître les actions culturelles des voisins ou de partenaires plus lointains ; à cet égard la boucle connue pour l’optimisation d’une prestation fonctionne bien : un partenaire propose une animation, la BDP travaille une offre de formation autour de cette animation, exploite le thème en outils d’animation plus souples, redéploie la formation approfondie en formation plus légère pour toucher plus large,
  • d’engager des actions en commun avec leurs pairs ou d’autres partenaires.

Ce volet de l’autonomie des partenaires et de l’autogestion de leurs relations n’est pas gagné : une bibliothèque a proposé une formation a des bibliothèques voisines et n’a pas eu le succès escompté , une autre a cherché à faire un groupement de voisinage pour des commandes en gros de matériel d’équipement et n’a pas réussi ; en revanche, les échanges d’idées, d’astuces et la coopération pour des animations fonctionnent beaucoup mieux, ainsi que les visites de bibliothèques équivalentes récentes avant la mise en route d’un projet de construction, et là les élus accompagnent.

C’est peut être le signe que pour certains besoins le réseau fonctionne par rapport à un centre, que chacun doit être à sa place et que la légitimation des actions de chacun est nécessaire.
C’est aussi qu’on peut se sentir du même réseau, en étant de taille différente, en ayant des besoins différents, mais que le lien entre les pairs ne repose pas sur le besoin d’assistance mais plutôt sur celui de partenariat.
C’est là que l’on retrouve les concepts opérants de B. Calenge entre les bénévoles usagers et/ou partenaires.

Je ne conclurai pas sans évoquer rapidement l’impact de la prestation formation sur la médiathèque départementale elle-même : elle entraîne une nécessaire cohésion en interne et une plus forte implication des assistants dans l’amélioration du réseau :

  • travail transversal pour harmoniser les contenus et les procédures (classeur sabu),
  • valorisation et reconnaissance de compétences des agents par leurs pairs et l’encadrement,
  • analyse commune entre le référent de la médiathèque départementale (assistant référent du secteur, bibliothécaire) et les bénévoles de la bibliothèque communale pour identifier les besoins (quelles difficultés dans l’exercice quotidien ? quels correctifs pour quels projets ? quelle aide de la BDP ?) ; c’est sans doute à ce niveau d’exigence qu’on peut répondre à la demande spécifique d’une formation plus pointue à l’indexation par exemple,
  • à partir des constats sur le terrain, remontée et élaboration des propositions de formation,
  • recherche d’une cohésion de l’offre à travers des thématiques et en fonction des offres d’animation impliquant la connaissance du terrain et des partenaires.

La formation est un outil fédérateur des équipes de la médiathèque départementale de la Drôme, très éclatées en cinq sites distants ayant chacun à répondre aux besoins de leurs publics et de leurs partenaires locaux tout en respectant la politique départementale et développant elles mêmes un sentiment d’appartenance au conseil général.

Cohésion ne signifie pas uniformité mais plutôt force qui unit les parties d’une substance. C’est par la formation que se tisse le lien relationnel le plus fort, celui qui joue sur la reconnaissance de l’expérience acquise, de la connaissance des possibles voisins ou lointains, de la réciprocité et de la confiance mutuelle.


Notes de la rédaction

(1) ENSSIB : École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques.

(2) IFB : Institut de formaiton des bibliothécaires, aujourd’hui devenu u département de l’ENSSIB.



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