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Du côté de la Saône-et-Loire

Marie-Christine Pascal , Directrice de la Bibliothèque départementale de prêt de Saône-et-Loire

publié le lundi 15 août 2005

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1. Historique et principes fondateurs

La Bibliothèque Centrale de Prêt de Saône-et-Loire a été créée en 1982 et l’intercommunalité a commencé dès 1985 : 5 bibliothèques intercommunales associaient 14 communes.

Le Conseil Général a encouragé les démarches en donnant les bibliothèques intercommunales prioritaires pour le prêt de mobilier et en 1987 une convention de développement de la lecture publique était signée avec l’Etat. Deux volets concernaient l’intercommunalité : étude réalisée par un élève de l’ENSSIB et aide en mobilier et matériel pour les relais de lecture associés à une bibliothèque intercommunale.

Les principes ont été explicités par Bertrand Calenge dans une étude menée à l’occasion d’un DESS option direction de projets culturels présenté à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble (Bibliothèques intercommunales / Olivier Doubroff) en 1988 et reposaient sur les 3 raisons suivantes :

  • " du point de vue des communes candidates à un service de lecture publique, la mise en place d’une bibliothèque complète devenait difficile pour les plus petites d’entre elles ; un service plus modeste pouvait suffire, pourvu qu’une " vraie " bibliothèque soit disponible à peu de distance : pourquoi alors ne pas lier dans le droit des communes complémentaires dans les faits ?
  • du point de vue des communes siège d’une bibliothèque, le développement de cette bibliothèque trouvait parfois ses limites et dans la taille de la population à desservir, et dans les ressources modestes d’une commune encore plus petite : pourquoi ne pas dégager des ressources nouvelles pour une meilleure bibliothèque, en collaboration avec les communes voisines ?
  • cette double démarche se trouvait favorisée par le fait que les bibliothèques existantes drainaient déjà un fort public venant des communes extérieures, comme l’avait montré in situ l’étude réalisée par la BCP de Saône-et-Loire en 1985 (Une bibliothèque dans un pays rural : lecture et lecteurs à Saint-Gengoux-le-national / F.Schmidt). La logique de responsabilité communale, mise en avant par la BCP, trouvait son compte dans une formalisation de ces attractions et mouvements. "

Le projet intercommunal n’est pas une réponse à un problème technique de desserte, mais s’inscrit dans un choix politique d’aménagement du territoire.

Évolution

Les statistiques annuelles montrent l’accroissement progressif de l’intercommunalité, que ce soit pour le nombre de bibliothèques comme dans le nombre de communes associées ; les graphiques suivants permettent de visualiser clairement cette croissance :

Part des bibliothèques intercommunales dans la desserte

Deux chiffres significatifs : en 1985 5 bibliothèques intercommunales sur 95, en 2000, 57 sur 127.

Répartition des bibliothèques intercommunales et des communes associées

En 1985, 14 communes associées, en 2000, 154.

2. Cadre de l’intercommunalité

Modes de desserte

Plusieurs modes de fonctionnement sont proposés par la BDP et expliqués lors des réunions préparatoires qui regroupent élus et bibliothécaires, un dossier " bibliothèques intercommunales " étant donné à chaque participant :

  • large ouverture de la bibliothèque "siège" à tous les habitants des communes associées (lorsque la commune associée ne peut mettre de local à destination de bibliothèque)
  • bibliobus
  • relais de lecture situé dans la commune associée, organisé à destination d’un public particulier (enfants de l’école) ou ouvert à l’ensemble de la population (local qui n’est pas à obligatoirement à usage exclusif de bibliothèque) ; il a été volontairement choisi une autre terminologie pour bien distinguer la bibliothèque du lieu existant dans une commune associée.

Les différents types de desserte peuvent coexister pour la même intercommunalité. En effet toutes les communes n’ont pas la nécessité de choisir le même fonctionnement.

Cadre juridique

Une convention spécifique est signée et définit les engagements de chacune des parties et en particulier les obligations entre la commune siège et la commune associée : desserte, budget d’acquisition obligatoire, aides de la BDP, et définit également l’éventuel divorce avec les règles de rupture de l’intercommunalité...

  • convention tripartite : commune siège/commune associée/Conseil Général (84% des bibliothèques intercommunales)
  • convention avec le groupement de communes : SIVOM (4), communauté de communes (3), district(1), SIVU (1), soit 16%.

Les engagements sont au nombre de 9 pour la commune siège, de 6 pour la commune associée, (7 pour les groupements de communes), de 10 pour le Conseil Général. La convention est signée pour une durée minimum de trois ans et ensuite reconduite tacitement.

Nombre et localisation

Au 1° novembre 2000, l’intercommunalité concerne 225 communes (57 bibliothèques sièges et 168 communes associées).

Pour mémoire, la Saône-et-loire comporte 359 communes de moins de 500 habitants, 171 de 500 à 2 000, 25 de 2 000 à 5 000 et 13 de 5 000 à 10 000, 5 de plus de 10 000 :

  • 14 bibliothèques intercommunales sont dans des communes de moins de 1 000 habitants ;
  • 21 bibliothèques intercommunales dans des communes de 1 000 à 3 000 habitants ;
  • 22 bibliothèques intercommunales dans des communes de plus de 3 000 habitants.

Presque toutes les communes associées ont moins de 1 000 habitants, (la plus petite 65, en moyenne 400 habitants).

Statistiques 1999

  • budget intercommunal : 9,70 F / habitant
  • fonds : 8 400 livres en moyenne
  • lectorat : 18,6% de la population
  • prêts : 4 par hab.

3. Aides du conseil general

Le Conseil Général de Saône-et-loire apporte des aides spécifiques à l’intercommunalité depuis novembre 1989 :

  • dépôt renouvelé (au choix de une à trois fois par an) de livres bonifié : 100, 150, 200, 250 livres supplémentaires selon la taille de la commune,
  • crédits d’achat de livres : 10 000 F attribués une fois, par commune associée à partir de la 2° (940 000 F ont ainsi été attribués à 37 bibliothèques),
  • subventions bonifiées pour le mobilier des bibliothèques : 60% au lieu de 40% (plafond de 24 000 F),
  • subventions pour le mobilier des relais : 100% plafonné à 5 000 F (84 relais de lecture ont été subventionnés),
  • dépôts permanents pris sur le fonds de livres de la BDP (été 1999) : 100 livres par commune associée (de 1 à 5), forfait de 750 livres au-delà.

4. Emploi jeune, bilan et perspectives

En 1994-1995, des articles dans notre bulletin de liaison avaient permis de présenter l’intercommunalité, et les réunions de secteur de l’automne 1994 avaient pris ce sujet pour thème ; nous avions pu alors écouter les bibliothécaires et animateurs des relais donner leur avis, leur ressenti sur ce mode de fonctionnement. Un plus grand suivi ainsi qu’une meilleure connaissance du fonctionnement de chaque bibliothèque avaient été jugés nécessaires par les bibliothécaires de la BDP mais faute de temps et de disponibilité ce ne furent que des vœux pieux. L’occasion m’a été donnée de concrétiser ces souhaits grâce au projet de création d’emploi-jeune pour lesquels il fallait définir de nouveaux emplois. Une emploi-jeune chargée de la " mise en réseau des bibliothèques " a été recrutée en janvier 1999 - niveau souhaité : bac + 2, dans les faits, licence et DUT de documentation. Elle effectue 4/5° de son temps pour l’intercommunalité et 1/5° pour l’animation d’un centre pénitentiaire.

Ses objectifs sont définis :

  • Visite de toutes les bibliothèques intercommunales et dans la foulée de leur relais de lecture pour rappel des principes, bilan de l’existant, recensement des problèmes, suggestions d’amélioration et proposition d’aides personnalisées : ce premier cycle de visites est terminé en octobre 2000. A ces visites étaient invités les bibliothécaires, les maires et le Conseiller Général du canton. Un compte rendu systématique a été rédigé et a abouti à un bilan de 5 pages diffusé au Président du Conseil Général, à la commission de la Culture et au directeur général des services. Celui-ci est accompagné d’une série de tableaux (37 pages).
  • Ensuite une visite annuelle est prévue par bibliothèque de façon à en suivre l’évolution.
  • Dans le même temps, des visites pour réaliser les aides personnalisées sont effectuées.

Quel est le bilan après 15 ans d’intercommunalité ?

  • Pour la desserte : 9 bibliothèques intercommunales n’ont pas de relais de lecture, la presque totalité des relais sont tout public (4 concernent uniquement les enfants), certains peuvent être dans des secrétariats de mairie, des postes, des cafés-restaurants, 2 bibliothèques ont un bibliobus.
  • La superficie moyenne est de 40 m2, et est comprise entre 10 et 130 m2.
  • Le fonds propre de chaque relais est d’environ 1 200 livres.
  • Le comité de gestion, recommandé par la BDP, n’existe que dans la moitié des bibliothèques.
  • Quelques communes associées ne mettent pas de budget d’acquisition, malgré l’obligation contractuelle.
  • Les achats en concertation (bibliothèque/relais) ne sont faits que dans une bibliothèque sur trois ; l’idée d’un fonds intercommunal unique est peu présente dans les esprits. Le fichier centralisé est encore peu répandu. L’individualisme français reste fort...
  • Les échanges se font le plus souvent dans le sens de la bibliothèque vers le relais, avec même pour 4 d’entre elles concerne uniquement l’échange des livres de la BDP !
  • Les horaires d’ouverture : malgré la convention qui prévoit un minimum de 4 heures hebdomadaires, les deux tiers des relais sont en deçà.
  • La signalisation est effective pour la moitié des relais, les élus étant souvent persuadés que dans leur petite commune, tout le monde en connaît l’existence.
  • La formation initiale n’est pas exigée pour les animateurs des relais, contrairement à la bibliothèque ; cependant dans 44% des relais, les animateurs ont fait cet investissement lourd puisque la formation est celle de l’ABF.
  • 21 bibliothèques intercommunales ont du personnel rémunéré ; pour 7 d’entre elles, il s’agit d’emplois liés spécifiquement à l’intercommunalité et non à la taille de la bibliothèque. A signaler qu’une bibliothèque intercommunale (800 habitants) s’est constituée en SIVU, créé pour pouvoir embaucher un agent du patrimoine à mi-temps.
  • La circulation des informations est un des éléments indispensables au bon fonctionnement de la bibliothèque intercommunale. En général, les animateurs se déplacent au moins une fois par quinzaine pour récupérer livres, appel de réservation, courriers...La circulation se fait difficilement pour une infime quantité de relais.
  • L’uniformisation des inscriptions, quand c’est le cas, à la bibliothèque et dans les relais est conseillée, puisque les emprunts sont possibles dans tous les lieux de l’intercommunalité. Seules 8 bibliothèques intercommunales n’ont pas réussi à imposer les mêmes tarifs.

Les aides personnalisées ont été recensées : catalogage avec mise en place d’un fichier (6 bibliothèques), indexation et cotation (12 relais), organisation et classement (3 relais), désherbage (2 relais), tri des dons (2). Le bilan à l’issue des réunions de secteur en 1994 comme les visites effectuées en 1999-2000 par notre emploi jeune font apparaître une large satisfaction : l’intercommunalité est bien vécue de l’intérieur malgré une charge de travail accrue pour l’équipe de la bibliothèque siège (un tiers seulement a du personnel rémunéré).

Perspectives

Du point de vue quantitatif, on constate qu’entre 1990 et 1995, le pourcentage de bibliothèques intercommunales était autour de 38-39%, et qu’entre 1996 et 2000, il était de 43-44%. Les chiffres risquent de progresser encore avec l’arrivée en 2001 de nouveaux conseillers généraux...ne serait-ce que par l’accroissement des communes associées. Celles-ci voient leur nombre s’envoler : entre 1990 et 2000 il est passé de 79 à 154.

L’objectif n’est pas d’avoir une couverture exhaustive du territoire - 52% des communes de moins de 10 000 habitants sont desservies, et 65% des habitants - mais de "vraies" bibliothèques. A l’heure actuelle, le réseau de la BDP se compose de 26% de bibliothèques municipales, de 66% de bibliothèques relais (local, budget d’acquisition, personnel bénévole qualifié ABF) et de 8% d’antennes. Le budget en 1999 était de 2,6 millions de francs, soit 10 F par habitant et 93% des bibliothèques ont du personnel avec une qualification ABF ou supérieure. Un tiers des bibliothèques est informatisé.

Il est également plausible que les nouvelles lois sur l’intercommunalité changent le paysage : les " pays " sont en train de se constituer, les communautés d’agglomération comprennent des communes faisant partie du réseau de la BDP.

Une évolution, qui n’est cependant pas une révolution au pays de l’intercommunalité, s’amorce : certains relais (5) se sont dotés de moyens suffisants pour qu’ils soient transformés en bibliothèque : locaux de 30 m2 à 100 m2, budget important ( de 5,15 F à 30,50 F), personnel qualifié ABF, fonds de livres correct en nombre (de 2 200 à 4 200), informatisation pour quatre d’entre eux.

Du point de vue qualitatif, notre but est d’améliorer le fonctionnement des relais : signalisation systématique, respect de la convention pour le budget d’acquisition et les horaires, création de comité de gestion, acquisitions concertées. C’est maintenant le sens du travail de notre emploi-jeune, dont la pérennisation est plus qu’indispensable.



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