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Synthèses des journées d’étude

Anne-Marie Bertrand, Chargée de mission à la Direction du Livre et de la Lecture

publié le lundi 15 août 2005

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En commençant cette synthèse, je dois d’abord vous avouer mon embarras : je ne suis pas une spécialiste des BDP, je ne suis pas une spécialiste de l’intercommunalité et je ne suis même pas, contrairement à Dominique Arot, une spécialiste de la synthèse des congrès. C’est à ce triple titre que je sollicite votre indulgence.

L’intercommunalité aujourd’hui s’insère dans un problème précis et complexe qui est posé aux BDP : il s’agit de structurer l’action sur un territoire donné alors même que les modes d’action des BDP changent et, selon la formule de Didier Guilbaud, passent d’une logique de distribution à une logique de services.

Les nouveaux textes législatifs (loi Voynet, loi Chevènement) ont été largement abordés au cours de ce congrès. Je me permettrai donc de ne pas les reprendre mais, en revanche, de citer le rapport Mauroy (Refonder l’action publique locale) qu’on a peu évoqué jusqu’ici. Le rapport Mauroy annonce " une révolution intercommunale au cours des quinze années à venir " et pronostique un maillage du territoire autour de " quelques milliers de communautés de communes ", " 130 communautés d’agglomération " et " une vingtaine de communautés urbaines ". Pour les échelons qui intéressent plus particulièrement les BDP, voici ce qu’il dit : " Le département reste irremplaçable en matière d’action de proximité notamment en ce qui concerne le social, la culture ou les équipements " ; " Les pays ne sont pas et ne doivent pas devenir un nouvel échelon institutionnel " ; à propos de " la couronne péri-urbaine " (où habitent, selon lui, 9.674.000 personnes), le rapport s’exprime avec force : " Il n’est plus, comme par le passé, possible d’opposer une France des villes et une France des campagnes " - ce que soulignait aussi tout à l’heure Jean Pihan.

Dans ce contexte politico-administratif, les questions qui se posent aux BDP pourraient être résumées ainsi :
Comment organiser, structurer un territoire ?
Comment organiser territorialement une offre de services ?
Comment qualifier le personnel qui intervient sur ce territoire ?
Comment garantir la qualité du service rendu ?
Comment assurer l’égalité d’accès au livre, à la lecture et au savoir ?
Comment faire vivre le service public de la lecture sur tout le territoire ?

Dans cette synthèse, je vais reprendre, brièvement, quelques-unes de ces questions selon trois axes : les modalités d’organisation du territoire, la formation et les missions des BDP.

Les modalités d’organisation du territoire

Que sait-on de " l’intercommunalité au travail " selon la formule de Françoise Danset ? J’ai été frappée par une certaine méconnaissance de ce qui se fait, qui s’explique conjointement par une absence de recensement et une absence de formalisation (ce printemps, à Eymoutiers, les conseillers livre et lecture auprès des DRAC ne comptabilisaient que 24 " vrais " plans départementaux de développement de la lecture publique). Cependant, on nous a présenté plusieurs exemples d’organisation (ou de projet d’organisation) du territoire : la Saône-et-Loire, la Mayenne, la Moselle et l’Ille-et-Vilaine. Un point commun rassemble ces organisations : l’arborescence entre les équipements ; une différence les sépare : les uns misent plutôt sur la décentralisation (Saône-et-Loire, Mayenne), les autres sur la déconcentration (Moselle, Ille-et-Vilaine). D’autres modèles sont expérimentés ici ou là, notamment dans la Vienne qui a mis en place un système de " bibliothécaire sans bibliothèque " où l’intercommunalité ne s’appuie pas sur des équipements mais sur le partage de la qualification, du conseil et de l’expertise.

De nombreux intervenants, à commencer par Emmanuel Négrier, ont souligné que ce travail en partenariat ne pouvait exister sans une volonté politique forte. Jean Buathier a mentionné la " volonté de travailler ensemble et d’impliquer les communes ", Joseph Schaefer (maire de Bitche) parlait de " créer une solidarité active " et Guy Coulon (district de Ciseaux) de " travailler dans l’intérêt de tous avec une forte implication de chacun ". Cette volonté politique est-elle en train de prendre un virage en faisant aujourd’hui le choix d’une logique d’aménagement du territoire, plutôt que d’une logique de décentralisation ? Emmanuel Négrier nous a proposé une troisième piste : une logique d’auto-aménagement d’un territoire donné (l’agglomération) qui s’ajoute à l’aménagement " octroyé " par l’État ou par la Région. Mais pas d’angélisme : dans cet auto-aménagement, certains sont plus égaux que d’autres et l’étude d’Emmanuel Négrier montre que l’aménagement de l’agglomération est piloté par les " leaders d’agglomération ", la plupart du temps maires des villes-centres : la conséquence la plus importante de cet auto-aménagement pourrait ainsi être de renforcer la prééminence du centre.

La qualification du personnel, des personnes

Lors de votre congrès de Lille, en 1997, Bernadette Seibel s’exprimait ainsi : " La formation est un enjeu formidable pour le développement de la lecture publique dans les départements [...]. Une des missions grandissantes de la BDP consiste précisément à qualifier et à professionnaliser les intermédiaires (entre les bibliothécaires de la BDP et le public) à travers l’ensemble des formations qu’elle met en place. "

Les BDP ont bien compris cet enjeu puisqu’on assiste à une véritable explosion des journées-formation assurées : de 3 942 en 1995 à 19 860 en 1998. Et cette question du personnel et de sa qualification était bien présente dans l’enquête présentée par Didider Guilbaud, qui soulevait notamment ces interrogations : qui anime ? qui paye ? qui forme ? qui gère ?

Mais, peut-être paradoxalement, la formation a été peu abordée au cours de ce congrès. On a par contre évoqué, même si c’était ponctuel, la question de la création d’emplois. Marie-Christine Pascal remarque que l’intercommunalité engendre une dynamique de création d’emplois. Sylvie Dewulf souligne que l’aide à la création d’emplois mise en place par le Conseil Général permet non seulement de créer des emplois mais aussi de constituer un réseau de professionnels, habitués à travailler ensemble.

Les missions des BDP

C’est un point qui a été abordé souvent, sous l’angle de la modification des modes d’action, d’une part, et sous celui du territoire à desservir, d’autre part.

La logique de distribution évolue vers une logique de services, a-t-on dit. Du coup, le département et la BDP sont devenus planificateurs, pédagogues, coordonnateurs (de l’intercommunalité), animateurs, formateurs, conseillers, rationalisateurs, logisticiens et évaluateurs - pour reprendre les termes qui se sont égrenés tout au long du congrès. Les modes d’action évoluent. Seules 25 BDP assurent encore une desserte scolaire. Le prêt direct est en voie d’extinction, le nombre des points de desserte est rationalisé et diminue. Logiquement, les BDP font moins de prêts (Alain Caraco suggère d’enlever le P de BDP), s’appuient moins sur leurs propres collections et font moins d’acquisitions (d’où des problèmes de ratio par rapport aux aides du CNL).

La question du territoire d’intervention évolue elle aussi. Martine Blanchard dit clairement : " La recomposition des territoires fait voler en éclats le seuil des 10.000 habitants " et Véronique Chatenay-Dolto renchérit : " L’intercommunalité ne peut pas ne pas modifier l’organisation du système ". Les frontières du territoire sont doublement mises en cause : d’une part le seuil démographique apparaît aujourd’hui sans pertinence (quid des collèges, des publics spécifiques, du péri-urbain ?) ; d’autre part, les frontières mêmes du département ne semblent plus infranchissables : au-delà de l’exemple fameux des BDP des deux Savoie, on a évoqué un projet de médiathèque interdépartementale dans le pays de Redon.



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