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La politique de l’Etat face à la société de l’information

Jean-Claude Van Dam (Direction du livre et de la lecture)

publié le lundi 15 août 2005

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Vous avez tous certainement entendu parler du Plan d’action gouvernemental pour préparer l’entrée de la France dans la société de l’information. Son lancement en janvier dernier par le Premier Ministre, ainsi que la communication faite par Mme Catherine Trautmann en Conseil des Ministres le 8 octobre 1997 sur le livre et la lecture, ont fait du développement des nouvelles technologies de l’information, en particulier dans les bibliothèques publiques, l’une des priorités du Ministère de la Culture et de la Communication.
Il s’agit d’un enjeu à la fois démocratique et de développement culturel pour lequel un effort particulier a été fait cette année, effort qui sera poursuivi en 1999.

Le premier objectif de cette politique est de favoriser l’accès aux contenus multimédia francophones, en ligne et hors ligne, et de permettre ainsi aux publics les plus larges de se familiariser avec ces nouvelles techniques. Les bibliothèques publiques disposent de deux atouts majeurs pour la mise en œuvre de cette politique :

  • leur très bonne implantation dans le tissu local et la densité du réseau, d’une part
  • et, d’autre part, le lien fort qu’elles seules sont capables d’établir entre le multimédia et l’univers de l’écrit, et de façon plus générale, entre le multimédia et le monde culturel.

Le second objectif de cette politique est d’inciter les bibliothèques à créer des contenus culturels sur le Web, notamment par le biais de la numérisation de leurs fonds locaux ou patrimoniaux. En soutenant la valorisation des collections des bibliothèques sur l’Internet, le Ministère souhaite favoriser l’accès à des documents peu communiqués, mais aussi répondre à une ambition plus vaste du gouvernement, accroître la part des sites français sur le Web.

Cinq actions spécifiques ont ainsi été engagées cette année en vue de satisfaire à ces deux objectifs.

Premier objectif : accès aux contenus multimédias

La première des actions a été un appel à projets destiné aux bibliothèques des communes de moins de 5 000 habitants.Vous avez été partenaires et nombreux à appeler l’attention des bibliothèques ou des relais-livres en campagne de vos réseaux sur cet appel à projets et à les aider à y répondre.

Cet appel à projets a été lancé en avril dernier, conjointement par le Ministère de la Culture et de la Communication et par le Ministère chargé de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. Il a pour objectif de soutenir l’équipement en ordinateurs multimédias des bibliothèques des communes de moins de 5 000 habitants et de permettre ainsi l’accès de leur public à Internet. Les dépenses de chaque commune ou groupement de communes éligible sont soutenues à 50 % et jusqu’à hauteur de 64 000 F grâce à des crédits du Fonds National d’Aménagement et de Développement du Territoire (FNADT) d’un montant global de 5 MF.
Cette opération a connu un réel succès : en effet, 237 dossiers ont été officiellement enregistrés à la fin juin 1998. Après vérification des dossiers (en prenant en compte différents critères : surface de la bibliothèque, présence de personnel qualifié salarié, horaires d’ouvertures, etc...), le comité national de sélection a retenu 140 dossiers.

Ce comité comprenait notamment Mlle Nelly Vingtdeux, en tant que vice-présidente du CSB et Mme Claudine Lieber, Inspectrice générale des bibliothèques. Il s’est malheureusement vu contraint de rejeter des dossiers par ailleurs intéressants, souvent soutenus par des BDP, au motif que la bibliothèque n’atteignait pas la surface requise. Aussi a-t-il estimé que cette question devrait faire l’objet d’une réflexion lors de la préparation du nouvel appel à projets qui sera lancé au premier semestre 1999.
La DLL pourrait ainsi proposer à la DATAR que certains critères soient assouplis, afin de permettre à de nombreuses communes qui n’ont pu être retenues cette année de l’être l’année prochaine. La DLL pourrait également examiner avec la DATAR la possibilité d’étendre cet appel à projets à l’ensemble des communes de moins de 10 000 habitants.

La seconde des actions du Ministère en faveur du développement des NTIC dans les bibliothèques s’inscrit dans le soutien à la création et au fonctionnement d’Espaces Culture Multimédia. Ce programme a été mis en œuvre par la Délégation aux Développements et aux Formations (DDF), avec la collaboration de la DLL.

Les Espaces Culture Multimédia (ECM) ont vocation à être implantés dans des structures existantes. Il peut s’agir de structures culturelles, notamment des bibliothèques, ou socioculturelles (maisons de jeunes et de la culture, associations, etc...). Les ECM doivent être ouverts aux publics les plus larges, avec une attention particulière pour les publics jeunes. Leur mission est d’offrir l’accès aux nouvelles technologies d’information (surtout à Internet) et de mettre en œuvre des programmes de sensibilisation et de formation au multimédia à partir de contenus culturels, artistiques et éducatifs.
Les dépenses annuelles de fonctionnement des ECM pourront être prises en charge pendant plusieurs années jusqu’à hauteur de 50 % dans le cadre du dispositif mis en place cette année. Le montant des subventions varie entre 50 000 et 200 000 F par an suivant l’importance du public touché, les partenariats qui sont établis et l’ampleur de l’équipement des ateliers multimédia.
A la suite d’un appel à candidatures diffusé par le biais des conseillers pour l’action culturelle et les conseillers livre et lecture des DRAC, 90 projets environ ont été retenus, dont une trentaine émanant de bibliothèques municipales de tailles très différentes.
En 1999, un petit nombre d’ECM pourraient encore être créés ; ceux qui sont déjà implantés passeront des conventions pour 3 ans (1999-2001) avec les DRAC, qui rendront possibles l’introduction de nouveaux partenaires en cours de route.

Parallèlement à ces deux appels à projets, des emplois de médiateurs de nouvelles technologies ont été créés dans des bibliothèques publiques par des collectivités locales avec le soutien de l’Etat, dans le cadre du dispositif des emplois-jeunes.

Second objectif : création de contenus culturels sur le Web

Afin de satisfaire à ce second objectif, une autre action de l’Etat a été engagée cette année, passant par un cadre plus traditionnel : celui du concours particulier destiné aux bibliothèques municipales au sein de la dotation générale de décentralisation.

En accord avec le Ministère de l’Intérieur, une extension du champ d’application du concours particulier permettra à l’Etat, à partir de 1999 :

  • d’étendre les aides à l’acquisition d’ordinateurs et à l’acquisition de serveurs en vue de la création de sites Web, ainsi que la mise en réseau de cédéroms pour leur consultation
  • de soutenir de nouvelles dépenses, notamment l’acquisition de matériel de numérisation ainsi que la numérisation de documents - en priorité libres de droits - par le biais de marchés de prestation de services.

Ce soutien s’inscrit dans le cadre d’un programme national portant sur les collections patrimoniales conservés dans les bibliothèques municipales, en coordination avec le programme de la BNF ; les projets ainsi aidés devront répondre à des critères précis, d’ordre intellectuel, technique et administratif. Serait ainsi soutenue jusqu’à hauteur de 40 % la numérisation de la documentation locale et régionale ainsi que celle des documents anciens, rares ou précieux.
La Direction du Livre et de la Lecture a travaillé cette année à la mise en forme de la modification de la circulaire interministérielle relative à l’utilisation des crédits du concours particulier, ainsi que sur les annexes techniques et juridiques liées au programme de numérisation. Cette modification devrait intervenir au début de l’année prochaine.

Enfin, le rôle de conseil et d’expertise de la D.L.L. auprès des bibliothèques publiques en matière de nouvelles technologies a été considérablement renforcé ces dernières années :

  • par le biais de formations spécifiques aux professionnels assurées dans le cadre de l’Institut de Formation des Bibliothécaires, ou à la demande d’une DRAC
  • par l’organisation de colloques et de journées d’études
  • par des publications techniques diffusées à la demande ; les chapitres 7 et 8 de la brochure Bibliothèques et informatique, parus en 1997 et 1998, sont ainsi consacrés respectivement à l’accès à distance - spécialement à Internet - et à la numérisation de documents ainsi qu’à leur insertion dans le cadre d’un réseau local de type Intranet.

Nous sommes cependant conscients qu’il faut encore faire davantage en matière de formation aux NTIC pour les personnels des bibliothèques, et en particulier pour ceux des petites bibliothèques ou des relais-livres équipés dans le cadre de l’appel à projets lancé avec la DATAR. C’est pourquoi nous réfléchissons aux moyens d’aider les structures régionales de formation afin que celles-ci mettent en place un plus grand nombre de stages dans ce domaine.
Il convient enfin de signaler deux études menées en 1998, qui seront publiées en 1999, et devraient permettre d’évaluer de façon quantitative et qualitative l’accès aux nouvelles technologies de l’information dans les bibliothèques publiques :

  • une enquête nationale menée par la D.L.L. sur l’équipement informatique des bibliothèques territoriales, ainsi que sur l’offre multimédia qu’elles proposent à leurs usagers
  • une étude sociologique consacrée aux usages d’Internet dans les bibliothèques, menée par le service Etudes et recherches de la Bibliothèque Publique d’Information, sous le pilotage de la D.L.L ; celle-ci est destinée à fournir des éléments de réflexion et de méthode à tous les établissements qui décideront de proposer ce service.

Conclusion

Pour les années qui viennent, un nouvel enjeu se dessine : il s’agit de placer les nouvelles techniques d’information et de communication au centre des prochains contrats de plan Etat-régions qui seront établis pour la période 2000 - 2006, et de mettre en avant le rôle des bibliothèques territoriales en matière de formation, de diffusion et de démocratisation auprès de tous les publics.

La DLL participe dès à présent à des groupes de travail interministériels, où sont représentés la DATAR, le Ministère de l’Education Nationale et la Mission interministérielle de soutien technique pour le développement des technologies de l’information et de la communication (MTIC).

En guise de conclusion, et sans vouloir me faire l’apôtre d’une "bonne parole technologique", je crois utile de souligner aujourd’hui le caractère désormais prioritaire que doit revêtir à vos yeux l’équipement multimédia des bibliothèques de chacun de vos réseaux.
Je sais bien que dans ce domaine, je prêche déjà des convertis ; mais au delà de l’impulsion de l’Etat, c’est grâce à vous, à votre action de terrain, que les bibliothèques vont pouvoir demeurer le premier équipement culturel sur l’ensemble du territoire national, et permettre à tout citoyen de ne pas se sentir isolé, exclu, dans un monde où les plus grandes distances ne sont plus désormais d’ordre géographique.



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