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Les acquisitions en BDP

Bertrand Calenge, Bibliothèque municipale de Lyon
Journée d’étude des BDP d’Île-de-France, Evry, 14 janvier 2003

publié le dimanche 25 mars 2007

impression

Faire deux pas de côté...

Qu’est-ce qu’une collection de BDP ? la question fait osciller entre deux points de vue, représentatifs de deux conceptions de la BDP :

  • Soit la BDP se substitue aux communes desservies ; alors sa collection est celle d’une BM, avec dépôts dans annexes. Deux problèmes : pas de lieu central de rencontre et de brassage ; pas de lisibilité de la collection, explosée en parcelles minuscules.
  • Soit la BDP se veut complémentaire des bibliothèques desservies. Auquel cas elle va viser davantage à acquérir des documents moins fréquemment acquis dans les petites bibliothèques. Deux problèmes encore : d’une part les collections de la BDP sont souvent utilisées en test par les relais, avant achat (le prétexte de la rareté s’estompe) ; d’autre part, qui peut déterminer les documents dits " les plus courants ", hormis le noyau dur des best-sellers ? Ces " plus courants " varient selon les différentes bibliothèques du réseau : il n’y pas deux bibliothèques semblables.

Dans les faits, cette distinction est grossièrement sans objet en ce qui concerne les collections. En effet,

  • les réseaux de desserte existants (qui combinent les deux approches)
  • comme les politiques d’acquisition plus que balbutiantes dans les petites bibliothèques (indétermination des priorités)
  • comme les pratiques professionnelles des bibliothécaires de BDP (très formés aux pratiques de BM)

tendent à faire des acquisitions en BDP une activité marquée du sceau de l’hétéroclite voire de l’indétermination, tout juste bornée par quelques spécificités mineures, comme :

  • les acquisitions de dépôts permanents (à l’instigation du CNL),
  • quelques règles sur les nombres d’exemplaires d’un même titre.

Et cette collection est, soulignons-le, relativement invisible. En effet,

  • d’une part elle est dispersée en micro-dépôts (je dis micro même si ces dépôts atteignent 2 voire 3000 volumes, comparés aux centaines de milliers de documents de la BDP),
  • d’autre part sa diffusion, son exposition aux publics est conditionnée au bon vouloir des bibliothécaires du réseau (ce sont eux qui font leur sélection : la BDP est plus davantage un grossiste qu’une bibliothèque).

Cela amène, et je vais être provocateur, à s’interroger sur la légitimité à parler d’une " collection " de BDP, un peu comme on ne peut pas parler d’une collection du CTLes(1) (stock alimenté par des dépôts) ni d’une collection du regretté Centre de prêt de la BN(2) (stock de doubles en vue de diffusion à la demande). D’où, sans doute, une floraison d’initiatives partielles pour donner du sens, comme les fonds locaux, les fonds petite enfance, etc. Est-ce le bon niveau de réflexion ?

Au risque d’être provocateur encore, je m’interroge. Une collection, ce n’est pas qu’un stock, même intelligemment conçu. C’est un ensemble qui exige conjointement :

  • une rencontre concrète avec le public
  • une rencontre des documents entre eux
  • une rencontre des lecteurs ensemble

Bref c’est un lieu de vie, qui s’inscrit par ailleurs dans une certaine conception de la durée (identité et mémoire).

Cela conduit à constater que ce côté " physique " de la collection l’associe au caractère urbain de la bibliothèque., afin d’avoir ces rencontres physiques. Nombre de BDP le ressentent ainsi, comme celles qui contribuent essentiellement à développer des bibliothèques de type centres de ressources, ou comme la BDP de la Drôme qui s’est construite autour de médiathèques de pays, voire choix de prêt direct (effort de retrouver la logique BM).

Le travail de POLITIQUE D’ACQUISITION en BDP doit donc articuler la dimension du territoire départemental (cohérent institutionnellement et logistiquement, mais non bibliothéconomiquement) et celle de la bibliothèque physique (indispensable à la " mise en vie " de la collection, mais d’offre insuffisante pour chaque petite bibliothèque locale).

Dans ces conditions, aborder les acquisitions en BDP sous le seul angle classique des acquisitions en BM par exemple amène sans doute à une impasse conceptuelle et opératoire. Sans aborder les questions les plus pratiques, et en introduction à votre journée, je vous propose quelques réflexions décalées, une façon d’aborder le problème en faisant deux pas de côté : poser quelques problèmes de fonds avant de parler outils et méthodes

Six questions préalables à résoudre

1 - Négocier avec les relais, mais pour qui ? A Nîmes(3), j’avais bien insisté sur le fait qu’une politique d’acquisition en BDP devait se négocier avec les relais. Mais négocier vers quels objectifs ? Le problème est que le mode de travail des BDP (desserte et renouvellement de stocks de documents matériels de type monographique) et les attentes des relais (lecture de culture générale mâtinée d’un peu de désir d’aide à la formation scolaire) limite le débat autour des collections à une vision très traditionnelle du rôle des bibliothèques, avec des équilibres bien connus (type 60% adultes -dont 40% de romans pour 60% de documentaires- et 40% enfants). Il me semble que les questions d’aujourd’hui dépassent ce dilemme, et que les BDP sont bien placées pour questionner leur réseau

Même si on constate le succès des petites bibliothèques, parce que ce sont de rares lieux de convivialité, il n’est pas assuré qu’il y a un réel succès des collections elles-mêmes. Certes, on voit les bons taux de rotation et autres données aujourd’hui de mieux en mieux connues(4). Mais on reste dans le constat d’une référence à une lecture continue, une lecture attentive au savoir, au plaisir, qui trouve sa forme achevée dans le roman. Or on constate dans les bibliothèques municipales une désaffection d’une partie du public, qui préfère une lecture rapide, une lecture zapping, non par paresse mais pour butiner des pensées, des savoir-faire, bref une lecture pratique : c’est l’émergence (ou la réapparition en force) de la lecture du FAIRE, qui s’affirme avec le mode d’appropriation du web, mais va bien plus loin que le seul réseau Internet, et touche tous les modes de lecture.

Or c’est là une carence des bibliothèques : reconnaître au FAIRE sa légitimité culturelle.

Exemples :

  • place des sciences et techniques dans les collections (apparemment, dans les BM on est passé des 7% dénoncés par le CSB il y a 10 ans à ...un peu moins de 8% !)
  • analyse de fond conduite sur les ouvrages pratiques et de loisir : Quelle qualité ? Quel niveau pour quelles pratiques ?
  • et surtout, les périodiques ! On constate à la bibliothèque municipale de Lyon le succès monstre des périodiques (6 000 périodiques disponibles !), en prêt dans le réseau, auprès notamment des publics les plus " rares ", à savoir les adultes actifs de professions non intellectuelles, et les personnes âgées : Il ne s’agit pas de Le Débat ou d’Esprit, mais bien de magazines (la France est le pays où ils sont le plus développés). Et ceux-ci ne sont pas nécessairement empruntés, car ils ne sont pas utilisés pour une lecture continue : ce sont ces personnes âgées qui viennent le matin et en début d’après-midi pour lire journaux et magazines, et des actifs à autres moments (1/3 des personnes qui consultent des périodiques scientifiques et techniques à BM de Lyon sont ne sont pas inscrits à la bibliothèque). Je pose alors la question : quid des périodiques dans les réseaux de BDP ?

Voilà donc une question à creuser : Faut-il encourager les relais à prendre des abonnements ? Faire tourner des stocks de magazines, comme faisait la BDP de la Côte d’or il y a quelques années) ? Insister en BDP sur les dépôts de documents en grande quantité de documents correspondant aux classes Dewey 500, 600 et, pour sa partie relative aux loisirs ? Bref, permettre un infléchissement des collections sur un territoire départemental ?

2 - De la collection patrimoniale à une politique d’accès

Multiplier les dépôts, ça ne résout ni la question des moyens des bibliothèques locales, ni celle de la dispersion de la collection (et de son invisibilité). Il est nécessaire de s’interroger sur une politique d’accès avant de se pencher sur une politique de distribution. Un exemple : disposer de ressources en ligne à la disposition de toutes les bibliothèques d’un réseau. Pourquoi ne pas encourager :

  • une négociation de type consortium pour que, sur identifiant, toutes les bibliothèques aient accès par exemple à une ou des encyclopédies en ligne, ou à des ressources de dépouillement de périodiques (de type CD-Rap) ?
  • une interface commune de type web proposée à toutes les bibliothèques, et mettant en évidence les richesses du réseau tant en matière de documentation d’actualité (ressources en ligne, périodiques disponibles, etc.) ;
  • évidemment un système de navette permettant un transfert des ressources matérielles sur le réseau (car tout n’est pas électronique !) comme cela se fait par exemple dans le Val-d’Oise ou en Saône-et-Loire), ou encore des outils électroniques permettant la diffusion de ce qui peut l’être sous cette forme.

L’objectif ici est d’assimiler clairement la politique d’acquisition à une politique d’accès différenciée. En effet, l’objectif n’est pas nécessairement de fournir rapidement tout (par exemple une navette trimballant les romans), mais de façon privilégiée ce qui nécessite la réactivité (par exemple des questions pratiques, ou d’actualité). D’où réfléchir aux sources et modalités les plus adaptées.

3 - Les compétences au cœur de la politique documentaire

Il faut bien voir que nous sommes dans un monde où chaque personne dispose de ressources d’information de plus en plus importantes, comme les moteurs de recherche Web, les librairies en ligne, les services en ligne expert (annales d’examens, www.service-public.fr, etc.), voire des bibliothèques complètes (Gallica, www.gallica.fr).

Qu’est-ce que la bibliothèque apporte, hormis la matérialité de certains documents, et encore de façon parcellaire (cf. la taille des collections des petites bibliothèques) ? Il est clair que pour survivre et trouver notre place, l’important est absolument de mettre les bibliothécaires en première ligne, de parier sur leur expertise.

D’où la nécessité urgente de montrer que nous savons organiser l’information :

  • La question des annuaires de signets est à mon avis un faux problème : la BnF ou la BPI ont fait cela très bien, il est inutile de le refaire. Mais on peut en revanche, aider à trouver l’information documentaire validée, sur le réseau, comme on fait à la BM de Lyon. l’objectif y est d’exploiter les ressources en périodiques (en ligne ou en archives) puis de fournir les articles eux-mêmes acquis dans le réseau. On me dira qu’il y a des problèmes de droits. Il faut donc négocier sur la base d’une inscription des utilisateurs (comme les BU le font pour leurs abonnements électroniques sur l’étendue de leur campus).
  • Monter des services de type " Ask a librarian ", où les utilisateurs peuvent poser leurs questions, et des bibliothécaires fournir une réponse rapide (orientation documentaire, y compris sur le web). Là ce n’est plus le fonds qui compte, mais la capacité à orienter.

En fait, on inverse là la politique d’acquisition traditionnelle : il ne s’agit plus de choisir des documents, puis de tenter de les promouvoir, mais d’utiliser un stock comme gisement de ressources pour sélectionner les meilleurs modes d’accès au savoir et à l’information. Et les questions (FAQ) peuvent utilement orienter :

  • les acquisitions à venir,
  • les lieux où ces acquisitions seront le plus facilement accessibles.

Et à mon avis, le choix des romans devient largement secondaire dans ce type de conception bédépiste d’une politique d’acquisition (même si la question se posera évidemment pour les bibliothèques locales). Par ailleurs la seule taille d’une collection de BDP peut faire atteindre une masse critique suffisante pour apporter moult réponses à moult questions (je renvoie à mon intervention de Nîmes(5) : la collection à 90% = calcul du pourcentage optimal de réponses pertinentes qu’on peut fournir avec des moyens nécessairement limités), et le nombre de professionnels d’une BDP fournit déjà un gisement de compétences pas inintéressant.

4 - Le retour au ravitaillement ?

A force de parler de profusion d’information, on en viendrait vite à oublier que les collections sur les réseaux départementaux ne sont pas marquées par l’abondance dans tous leurs aspects. Un exemple : les vidéos et DVD. Les pratiques actuelles sont marquées d’une part par un retour au ravitaillement de l’ordonnance de 1945(6) (dépôts de 50 à 100 DVD(7)), d’autre part par une politique d’acquisition très traditionnelle (représentation de la culture cinématographique légitime, définition plus marquée par le négatif - ne pas être un vidéo-club - que par une démarche positive).

Il est intéressant de se poser la question : faut-il reproduire les dépôts de 1945 quand le support est peu développé ? Personnellement, je me pose la question. Certes, c’est utile pour consommation locale, mais où est la " politique " au sens " changer la vie " ?

Lançons une autre piste : ne peut-on imaginer non de concevoir un dépôt minimaliste et hétéroclite, mais des propositions thématiques originales, à faire tourner : le désert au cinéma, la guerre, regards sur les vignobles, etc. ? Bref, donner du sens à un dépôt nécessairement petit. Là, on est complètement dans une logique de politique d’acquisition, qui se traduit dans une offre volontariste, laquelle avec le temps va s’étoffer, et aussi se multiplier (les thèmes mis en évidence pouvant être recomposés en d’autres thèmes, etc., et s’accompagner d’une politique de valorisation. Bref, entrer de plain-pied dans l’action culturelle, et non dans la reproduction de pratiques.

5 - La politique d’acquisition comme questionnement du monde

Cette réflexion amène à s’interroger sur la façon dont se manifeste, aux yeux des publics, une politique d’acquisition. J’ai commis un article récent sur la question de l’interdisciplinarité dans les collections(8), qui conclut notamment que le rôle de la bibliothèque est de mettre en perspective, de questionner les savoirs qu’elle a rassemblé, et qu’elle seule peut le faire. Je persiste et je signe. A mon avis, la politique d’acquisition, en BDP comme ailleurs, ce n’est pas tant accumuler des documents (de plus en plus nombreux et de moins en moins patrimoniaux compte tenu des ressources accessibles à distance), que de leur donner accès en les mettant en perspective, en les affrontant les uns aux autres.

D’où deux pistes essentielles :

  • la mise en œuvre de bibliographies non exhaustives mais :
    1. adaptées aux itinéraires personnels des lecteurs potentiels (selon leur niveau ou les modalités de leurs intérêts) ;
    2. mettant en perspective des modes d’approche originaux, notamment dans une perspective interdisciplinaire, par exemple Voyager aujourd’hui (récits de voyage, mais aussi promenades virtuelles sur Internet ou référence à Houellebecq )
  • offrant des perspectives multi-support : revues, livres, films, ressources Internet, etc.
  • la mise en oeuvre de programmes culturels ambitieux qui feront des bibliothèques du réseau les lieux où l’on questionne le monde, avec conférences, débats, expositions : Médecine et société, Les mutations de la ville, Ombres et lumières autour des OGM, qu’il s’agisse de questions sociales ou sociétales, ou de questions tournant autour du savoir et de la culture. C’est un travail essentiel, et les BDP sont mieux placées que chacune des petites bibliothèques pour l’organiser.

6 - De la politique d’acquisition à la politique de conservation

Une approche qui favorise les accès et le questionnement s’accorde-t-elle avec une vision traditionnelle de la conservation ? A cela, deux réponses :

  • un réseau départemental polycentrique est peu propice, en termes de structures physiques de conservation, à une vraie politique de conservation : la conservation réclame un minimum de moyens : relier les périodiques, traiter les doubles, etc.
    — * la conservation a cela d’utile qu’elle permet la multiplication et la pérennité des accès, pourvu que les contenus en soient exploités et rendus accessibles.

Il faut donc réunir trois conditions : des structures physiques efficaces, des moyens intellectuels d’exploitation, une logistique d’accessibilité.

Compte tenu de ces trois conditions, à mon sens la politique de conservation ne peut être que très sélective en BDP, et être difficilement partagée sur le réseau pour être efficace. Brutalement, je dirais que c’est à la BDP de mesurer sa capacité de conservation pour son compte et celui du réseau, et de s’en donner les moyens matériels et en personnels.

Cela non seulement pour des raisons matérielles, mais pour des raisons d’exploitation : on conserve pour rendre accessible, donc on vise non seulement à répondre à une demande - très ponctuelle -, mais on réinjecte ce qui est conservé dans diverses formes de propositions (bibliographies, expositions, ensembles thématiques, etc.).

La politique de conservation, c’est une facette complémentaire de la politique d’acquisition !

Outils et

Après ce petit tour d’horizon posant quelques questions sur la nature même des politiques d’acquisition en BDP, je voudrais conclure en interrogeant sur les outils, logistiques, moyens et procédures.

Comme je l’ai dit à Nîmes(9), dans ce domaine il faut absolument penser la BDP en symbiose avec son réseau, pour différentes étapes stratégiques et techniques :

  • négocier une charte des collections semi-collective via des conventions qui intègrent cette dimension
  • négocier le profil des dépôts permanents mais aussi renouvelés
  • penser le désherbage comme un acte pédagogique
  • adopter un plan de classement collectif
  • réfléchir à ce que peut être un cœur de collection en termes départementaux.

Mais aujourd’hui je voudrais insister sur deux autres points :

  • Comme l’avez vu avec les questions que je pose, la question centrale des politiques d’acquisition en BDP (et pas seulement chez elles) est la question des compétences des acteurs, de leur capacité d’expertise sur les contenus : il est impossible de faire une bibliographie, d’exploiter intelligemment les demandes, ou de monter un programme culturel, si on ne se plonge pas dans les contenus du savoir. La première urgence est de développer ces savoirs. Pas seulement dans les domaines où les bibliothécaires ne sont traditionnellement pas mauvais : culture universitaire légitime, littérature pour enfants, etc, mais aussi et surtout dans des domaines peu explorés : le questionnement scientifique, les techniques, etc. La curiosité, l’ouverture d’esprit ont un rôle primordial. La BDP doit être un stimulant pour son réseau, un dérangeur de certitudes.
  • Comme vous l’avez vu également, la question déjà délicate des acquisitions au sens traditionnel (acheter des documents qui demeureront dans le giron patrimonial) est rendue encore plus complexe par la politique des accès, qui vient s’ajouter à la politique d’acquisition traditionnelle au point dans certains cas de s’y substituer. Par exemple, on sait que sans doute d’ici moins de 10 ans on ne s’abonnera plus à un périodique (électronique) mais à un bouquet proposé par un éditeur. Ca vaut pour les bibliothèques publiques comme pour les bibliothèques universitaires : à Lyon, la BM vient de s’abonner à Lexis-Nexis (plus de 30 000 périodiques en ligne !) Ce qui comptera ne sera donc pas la décision de choix du bouquet en tant que tel mais :
  • les modalités d’accès à ce bouquet (notamment sur un réseau départemental) ,
  • la capacité de la BDP à extraire de ce bouquet ce qui est pertinent, à quel niveau d’information et de réactivité, et communicables selon quelles modalités.
  • Ça peut paraître lointain, mais en fait c’est pertinent dès aujourd’hui. Un exemple avec les fonds professionnels, largement répandus dans les BDP. Le problème est-il d’avoir une bibliothèque professionnelle traditionnelle, et dispo dans une salle de formation (donc au mieux deux ou trois fois par an pour chaque utilisateur) ? A mon avis, c’est dès maintenant un problème d’exploitation pertinente des accès : fournir à la demande les articles pertinents à la demande ou en accompagnement d’un projet ou problème local, offrir une interface d’information professionnelle distinguant par exemple l’apprentissage, les outils pratiques, les expériences référentes, etc. Et ce non seulement à partir de photocopies du fonds, mais de ressources électroniques et de l’exploitation des revues (au fait, négociez un abonnement collectif départemental du réseau de la BDP au BBF(10) !).

Conclusion

La politique d’acquisition, dans sa quotidienneté, ne peut se passer de poser toutes ces questions. C’est en les posant préalablement qu’on peut aborder les autres perspectives, par exemple :

  • passer du souci de l’équilibre (évidemment indispensable) au souci du questionnement, de la pluralité des points de vue, des écritures et des regards sur le monde : davantage de sciences et techniques, des niveaux plus diversifiés, certes, mais dans cet objectif de foisonnement ;
  • passer de la grille de sélection qui questionne le document comme un tout (encore évidemment indispensable) à la grille qui s’interroge sur les contenus susceptibles d’être exploités en réponse à des préoccupations très diverses, ou à des thématiques interdisciplinaires par exemple ;
  • passer de la bibliothèque locale microcosme de la BnF (toujours évidemment incontournable en partie) à la bibliothèque qui peut s’ancrer dans des modes d’acquisition résolument différents tout en restant encyclopédiques. Un exemple : pourquoi ne pas imaginer une bibliothèque locale encouragée à s’abonner à trente journaux et magazines, pendant que la BDP lui fournit l’essentiel de ses acquisitions courantes, et une interface gérée à distance d’exploitation de ces trente journaux et magazines ?
  • passer de la question de la négociation de droits pour la BDP (toujours bien sûr indispensable) à une négociation qui intègre volontairement l’intégralité du réseau (accès à banques d’articles, et à diffusion de documents numérisés en interne), voire l’accès des habitants eux-mêmes (cf. l’hypothèse lyonnaise étudiée : les lecteurs inscrits, sur n° de lecteur et login, auraient accès de chez eux aux services " Ask a librarian " et aux abonnements de ressources en ligne, comme les BU pour leurs campus et labos).

Je ne dis pas cela pour relativiser ou amoindrir l’intérêt des multiples outils à développer : plans de développement des collections, grilles de sélection, programmes budgétaires ou grilles de désherbage. Cela reste essentiel dans la réalisation pratique. Mais je le dis pour mettre ces outils dans une perspective résolument orientée vers les contenus et l’accessibilité, vers l’exploitation et la réactivité, en phase avec l’évolution possible sinon probable des bibliothèques aujourd’hui.


Notes

(1) Créé en 1994, le Centre technique du livre de l’enseignement supérieur (CTLes), installé à Marne-la-Vallée, la collecte, la conservation et la communication des livres et autres documents d’intérêt patrimonial et scientifique que lui confient en dépôt permanent ou lui cèdent les bibliothèques des universités et autres établissements d’enseignement supérieur (note de l’éditeur).

(2) Le Centre national de prêt de la BNF, installé à Versailles, était alimenté par le dépôt légal. Il constituait un stock national alimentant un prêt de dernier recours aux biblithèques. Il a été supprimé en 1996 et son fonds irrémédiablement dispersé (note de l’éditeur).

(3) " Outils formalisés des politiques d’acquisition " / Bertrand Calenge, in Les politiques d’acquisition en BDP, journées d’étude de l’ADBDP, 8-10 novembre 1999. www.adbdp.asso.fr/association/je1999/calenge.htm (note de la rédaction).

(4) Données que mesure un logiciel comme Evalbib, utilisé par de nombreuses BDP.

(5) Voir note 1.

(6) Ordonnance n° 45-2678 du 2 novembre 1945 créant les bibliothèques centrales de prêt des départements. www.adbdp.asso.fr/outils/histoire/ordonnance1945.htm (note de la rédaction).

(7) Ronan Lagadic, L’arrivée du DVD en BDP : pour une logique du contenu : réflexion sur la place de la vidéo en bibliothèque, mémoire d’étude du DCB sous la dir. de Bertrand Calenge, Enssib, 2003.

(8) Bertrand Calenge, " À la recherche de l’interdisciplinarité, in : Bulletin des bibliothèques de France, 2002, t. 47, n° 4, p. 5-13,

bbf.enssib.fr/bbf/html/2000_45_4/2000-4-p117-calenge.xml.asp (note de la rédaction).

(9) Voir note 1.

(10) Bulletin des bibliothèques de France, revue bimestrielle dont tous les articles publiés depuis 1995 sont en accès libre et gratuit sur le web, sauf ceux des deux derniers numéros parus, dont l’accès en ligne est réservé aux abonnés : bbf.enssib.fr.



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