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Allocution de Marc-André Wagner,

Directeur adjoint du livre et de la lecture

publié le lundi 4 décembre 2006

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Madame la Directrice,
Monsieur le Président,
Monsieur Le Doyen,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
chers amis,

Je dois à la fois excuser Monsieur le Directeur du Livre, qui est retenu à Paris pour une réunion concernant l’année René Char, et la SNCF, dont le train en retard ce matin ne m’a permis de suivre un exposé apparemment très intéressant sur le cadre juridique de vos activités.

A côté de l’exclamation liminaire du programme de vos journées " 20 ans déjà ! ", on peut aussi penser au titre célèbre d’un roman d’Alexandre Dumas, Vingt ans après. L’avenir dira si la fatigue qui affecte parfois dans ce roman les mousquetaires va gagner les protagonistes de la lecture publique.

C’est donc il y a vingt ans qu’intervenait le transfert des compétences dans le domaine de la lecture publique au bénéfice des départements. Le 1er janvier 1986, la dévolution de ces services de lecture publique constituait une étape importante d’un processus qui, cela vous a été dit ce matin, est loin d’être achevé, celui d’une clarification croissante de la répartition des rôles entre l’État et les collectivités territoriales et, corollairement, celui du développement des bibliothèques publiques et de leur audience.

Le changement pour les BDP, vous le savez, était bien plus important que pour les bibliothèques municipales. Il était radical en ce sens que des services extérieurs recevant des subsides et instructions de l’administration centrale se rapprochaient fonctionnellement de leurs territoires en venant se placer sous l’autorité d’élus locaux.
Depuis, les conseils généraux ont fait fructifier l’héritage. Naturellement, chacun a pu décliner une meilleure prise en compte des spécificités locales, la politique qu’il a souhaitée pour développer, en liaison avec les communes et les établissements publics de coopération intercommunale, à la fois les équipements et le nombre des usagers.

Quel bilan peut-on tirer, sommairement, du point de vue de l’État, vingt ans après ? Sans cesse plus nombreux sont les départements qui investissent aussi bien pour leur propre bibliothèque que pour les médiathèques de proximité qui composent leurs réseaux.
Le bâtiment dans lequel nous nous trouvons démontre cela de façon éclatante. Je songe également aux projets engagés dans l’Hérault ou dans la Seine-Maritime. Il s’agit là d’ailleurs de l’un des motifs qui ont conduit le Ministre à parachever la réforme du concours particulier de la dotation globale de décentralisation, réforme engagée et entrée en vigueur en accord avec les élus locaux. Au passage, permettez-moi de rendre hommage à François Rouyer-Gayette, le chef du bureau des bibliothèques territoriales à la DLL, qui a préparé et mis en œuvre avec compétence et énergie cette réforme particulièrement complexe, depuis les discussions avec le ministère de l’intérieur jusqu’au Conseil d’Etat.

Le décret du 11 octobre dernier(1) modifie la relation entre le conseil général, vous mêmes, Mesdames et Messieurs les chefs d’établissement, et les services déconcentrés du ministère. D’un système de remboursement a posteriori sur dossier, nous allons passer à un système de partenariat en amont.
Cette réforme a deux avantages. Le premier est d’ordre financier : le taux de remboursement, du fait même du mécanisme inventé il y a 20 ans, après avoir culminé à environ 40% des dépenses, était inexorablement condamné à diminuer du fait du dynamisme des collectivités territoriales, pour s’établir en 2005 aux alentours de 24%.
Cette décroissance, proportionnelle à l’augmentation des investissements consentis par les collectivités territoriales, était inévitable. Grâce à la réforme, vos départements vont désormais retrouver des marges de manœuvre financières. L’État pourra mieux accompagner les projets qui émergent aujourd’hui, à hauteur du taux moyen observé pour les communes, c’est-à-dire de l’ordre de 30 à 35 %.

Le deuxième avantage de cette réforme, essentiel du point de vue du ministère, est qu’elle renforce les liens tissés entre les départements et les DRAC. Elle instaure, en effet, un dialogue préalable à la mise en œuvre des opérations d’investissement. Bien sûr, cela ne signifie nullement que vous n’aviez pas, jusqu’ici, de relation de travail avec les directions régionales, mais la réforme rend ce dialogue systématique en le formalisant.

L’une des conséquences pratiques de cette réforme est la clarification des rôles en ce qui concerne le financement des petites bibliothèques, celles dont la surface est inférieure aux 100 m2 requis pour bénéficier du concours particulier.
Auparavant, elles pouvaient être indirectement aidées par l’État, dans le cadre du système de remboursement. Aujourd’hui, si un conseil général estime, à l’avenir, utile et nécessaire d’aider une commune à bâtir une bibliothèque dont la taille est inférieure à deux salles de classe, il pourra le faire, naturellement, mais l’État se concentrera sur sa mission d’aménagement du territoire et d’incitation à l’équipement des plus grandes structures.

L’État veillera donc à ce que nos concitoyens puissent avoir accès, à une distance raisonnable, à des bibliothèques dont la taille critique permette de proposer des collections encyclopédiques sur tous supports et des services adéquats tels qu’ils continuent à se développer.

De ce point de vue, et compte tenu du deuxième thème de vos journées d’étude, la bibliothèque de l’avenir, thème qui, à juste titre focalise l’attention des professionnels, les enseignements de l’enquête menée par le CREDOC en 2005(2) doivent retenir toute notre attention.

On peut se féliciter de l’indiscutable succès que rencontrent maintenant les bibliothèques, de leur banalisation, en quelque sorte : 84% des Français interrogés assurent résider à moins de 10 minutes d’un équipement municipal de lecture publique. Il convient, toutefois, de réfléchir aux questions restées en suspens.

Je relèverais notamment le désir, exprimé par les usagers, d’une médiation accrue. Le foisonnement de documents et d’informations devrait amener le bibliothécaire à aider davantage encore chacun à se repérer dans ce foisonnement.

Autre question soulevée par cette enquête : celui des horaires d’ouverture, qui semblent, sinon insuffisants, du moins largement inadaptés. Un équipement de proximité doit tenir le plus grand compte des modes de vie et des horaires de la population desservie. Il appartient aux collectivités territoriales de multiplier les solutions pour répondre à cette attente.

L’autre phénomène est lié à la généralisation de l’accès à internet. Les Français déclarent préférer ce medium pour obtenir une information pratique et même pour les devoirs scolaires de leurs enfants. Si, pour l’instant, cette préférence ne semble pas avoir pour conséquence une désertion des bibliothèques, qu’en sera-t-il, dans les années qui viennent, lorsque les nouveautés discographiques seront massivement diffusées sur la toile, pour ne citer que le domaine de la musique ?

Enfin on peut légitimement parler d’échec dans un domaine, celui de l’accès des populations les plus fragiles à la lecture. Les bibliothèques n’ont pas réussi à conquérir l’audience de ces catégories socialement et culturellement fragiles. C’est un échec relatif, bien sûr, car les bibliothèques sont incontestablement les institutions culturelles où la diversité de la population est la mieux représentée, mais c’est un regret certain, dans la mesure où le niveau de revenu, mais plus encore, de diplôme, constitue le facteur déterminant pour fréquenter une bibliothèque et plus encore pour s’y inscrire.

En forçant le trait, les bibliothèques ont répondu aux attentes des classes moyennes et diplômées, il leur appartient, dans une société plus complexe, d’aller encore d’avantage au-devant des moins favorisés. C’est là, j’en suis persuadé, un objectif qui assurera la pérennité de ces établissements, y compris à l’heure d’internet. Quel autre équipement librement accessible pourrait assumer une telle mission culturelle, mais aussi éducative et sociale ?

A l’évidence, la bibliothèque est, par excellence, un lieu d’intégration, un lieu d’apprentissage de la sociabilité. Cette conviction que nous partageons préside aux travaux que le Ministre a confiés au Directeur du livre, intitulés Livre 2010(3), en tout cas pour la partie économie non marchande du livre concernant les bibliothèques. Cette réflexion prospective et opérationnelle sur l’avenir du livre et des partenaires de la chaîne du livre à moyen terme, au moment où le numérique vient bouleverser son existence et ses usages, vous pouvez, Mesdames et Messieurs les directeurs vous y associer. Comme Sophie Barluet, coordinatrice de ce projet, vous l’a proposé, votre association peut adresser au groupe de travail vos contributions, la liste de vos préoccupations et de vos priorités d’action, vos expériences, les enseignements que vous en tirez. La Direction du livre en tiendra le plus grand compte pour tenter de tracer des pistes concernant l’avenir du livre et de la lecture en France.

Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite de fructueuses journées d’étude.


Notes

(1) Décret n°2006-1247 du 11 octobre 2006 portant réforme des concours particuliers de la dotation générale de décentralisation pour les bibliothèques municipales et les bibliothèques départementales de prêt et modifiant le code général des collectivités territoriales (partie réglementaire), JORF du 13 octobre 2006 page 15220 et suivantes, http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf ?numjo=MCCB0600611D..

(2) La fréquentation des bibliothèques publiques a doublé depuis 1989, Bruno Maresca, CREDOC, Consommation et mode de vie ; n° 193 - Mai 2006. http://www.credoc.fr/pdf/4p/193.pdf.

(3) Pour des informations sur cette étude : http://www.centrenationaldulivre.fr/Livre-2010-Reflexion-sur-l-avenir,875.html.



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