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Imaginer l’avenir : un remue-méninges

Synthèse de l’atelier par
Dominique Lahary directeur de la BDP du Val d’Oise

publié le mardi 3 avril 2007

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Atelier 3 Imaginer l’avenir : un remue-méninges. Séance sans exposé préparé
Modérateur : Didier Guilbaud, directeur de la BDP d’Indre-et-Loire
Rapporteur : Dominique Lahary, BDP du Val d’Oise

Je restitue ici un travail collectif. Je ne nommerai quasiment personne et ne livre ici modestement que le fruit d’une partition collective stimulante bien que (ou parce que ?) discordante : nous avons été jusqu’à dire tout et son contraire.

En attendant l’année dernière

Il arrive en effet que le passé présente son avenir hypothétique pour son présent. Vous avez ainsi pu voir ici, lundi dernier [1], un film où il était dit que, dans une certaine BDP, un livre réservé serait dans les mains du lecteur dans les 15 jours. Le directeur actuel de la BDP en question, menant son enquête vers le passé, a découvert qu’était écrit sur les fiches de réservation : " Si le document n’est pas livré au bout d’un an, faire nouvelle fiche précisant : nouvelle demande ".

Le futur n’est écrit nulle part

Celui de l’atelier dont je rends compte non plus. Trois thèmes avaient été retenus : l’école et le rapport des bibliothèques avec elle, les questions de personnel et de qualification, les ressources électroniques. Jean-Luc Gauthier-Gentès avait complété ces propositions en souhaitant qu’on parle d’intercommunalité, qu’on dépasse la question " bibliobus ou pas ? " et qu’on relativise la question même du bâtiment, c’est-à-dire qu’on aborde la desserte des populations immobiles. Il a été souhaité, enfin, qu’on parle du patrimoine, thème a priori inattendu pour les bibliothèques départementales de prêt.
Mais l’atelier s’est déroulé autrement que prévu.

L’avenir n’est plus ce qu’il était

A la fin du siècle dernier, ce n’est pas vieux, on a pas mal glosé sur la disparition du département : il n’était pas un échelon ayant des correspondances européennes probantes. On a vu que l’Acte II de la décentralisation avait confirmé et amplifié l’avenir de cette institution. Nous avons remarqué que chacun devait se positionner au mieux sur son niveau d’intervention en notant au passage que la région se positionnait très mal sur la question de la lecture.

Votre avenir, c’est déjà mon présent : état des lieux du futur

Des intervenants ont décrit leur action présente comme une préfiguration de l’avenir de tous. A part cette posture commune, c’est parti dans tous les sens.

Le département a été décrit comme bien placé au regard des enjeux de subsidiarité et de proximité. Il a été confirmé que les BDP devaient s’investir dans les actions départementales dans les collèges, dans une démarche de transversalité entre les différents services des départements.

L’action culturelle a été envisagée en interaction avec l’action sanitaire et sociale des départements, qui est comme chacun sait un axe fort de leurs compétences. Dans les PMI ou ailleurs, l’avenir du social sera teinté de culturel ou ne sera pas.

Dans le même ordre d’idées, il a été question des actions en direction des publics spécifiques : personnes âgées, handicapées ou détenues, même si dans ce dernier cas l’action des bibliothèques a parfois été abandonnée.

La BDP a été également perçue comme devant s’engager dans les formations professionnelles des bibliothécaires à un niveau départemental ou régional, y compris dans le cadre universitaire.

Il existe des départements dont la BDP se positionne comme acteur culturel local de première importance, voire comme pivot de l’action culturelle départementale.

Mais d’autres BDP en reviennent, comme s’il s’agissait d’un détournement de leurs missions fondamentales.

Il y a donc toutes sortes de contextes, de moyens et d’histoires. Les opportunités sont très différentes d’un département à l’autre et tous ces présents peuvent être des avenirs partiels pour une partie de nos établissements.

Mémoire du futur, futur de la mémoire

Le patrimoine est arrivé, quand même, sur le tapis... Fonds anciens, bien sûr, plus généralement fonds locaux, pour lesquels le département est, semble-t-il, la bonne échelle.
Une BDP se positionne sur le patrimoine immatériel, en liaison avec les musées de sociétés et des associations. Une autre département la création d’un conservatoire du patrimoine scolaire.

Le retour du désherbage

Du patrimoine, nous avons glissé à la conservation, de la conservation à la destruction... Et voilà revenue la question du désherbage !

Un département sans BDP, Paris, dispose d’une réserve centrale qui aspire les documents éliminés par les bibliothèques de quartier. Cela encourage désherbage local, puisqu’on ne détruit pas soi-même les documents.

On réfléchit, dans certains départements, à cette idée de réserve centrale. L’idée est dans l’air... Notre collègue belge nous a parlé de la création d’un centre de désherbage pour la communauté française de Belgique, où la législation impose d’ailleurs l’absence d’ouvrages de plus de 10 ans. L’idée majeure est que les fonds doivent tourner et qu’il faut se débarrasser de ce qui stagne. La difficulté tient, selon les participants à l’atelier, à une culture insuffisante du désherbage.

Vive la poldoc, mais laquelle ?

Du désherbage à la politique documentaire, il n’y a naturellement qu’un pas. Qui achète les documents, lesquels, pourquoi et comment ? Les interrogations pour l’avenir sont nombreuses.

Certains entendent réserver l’accès au catalogue de BDP aux seuls dépositaires, d’autres au contraire prônent un catalogue collectif départemental accessible à tous, facilitant une circulation globale des documents de les bibliothèques du département stimulée par la pression du public internaute.

Quand à la collection propre de la BDP, autrefois souvent constituée comme une collection encyclopédique de référence, certains envisagent sa dissolution au profit d’aides financières aux acquisitions.

Au bout du compte si l’on considère la complémentarité de chaque offre, de la plus grande à la plus petite, la fonction spécifique des bibliothèques de proximité et la satisfaction en réseau des demandes ponctuelles, on peut aller jusqu’à remettre en cause le texte qui fonde le contrôle technique des bibliothèques, avec sa fameuse notion d’équilibre (local) des collections.

Les bâtiments en question

" Allons-nous continuer à construire des bibliothèques tous les trois kilomètres ? ", a demandé une collègue. Les BMVR, si grandes et si onéreuses qu’elles se construisent parfois au détriment des réseaux de quartiers, sont-elles si fréquentées que cela ? La question du maillage territorial, évidemment, reste posée, soit en termes de distance, soit en termes de temps de trajet.

La systématicité de la construction n’occulte-t-elle pas la politique de la bibliothèque " HLM " (hors les murs) ?

Allons -nous continuer à construire des mètres carrés qui sont peu ouverts ? Ne convient-il pas plutôt d’ouvrir d’avantage ce qui existe déjà et reste sous-employé ?

Du futur de la BDP...

La BDP du futur perd une lettre (au moins). La suppression du " P " nous dispensera-t-elle du droit de prêt cher à Monsieur Roblin ?

Certaines BDP deviennent médiathèques, service du livre et de la lecture, direction départementale de la lecture... Les déclinaisons sont nombreuses. Toutes montrent qu’on dépasse largement la question de la desserte. On passe de la bibliothèque desservie à la bibliothèque servie.

Nous avons encore beaucoup à faire pour contribuer à la rationalisation, à la mutualisation, autant de missions pour lesquelles le département est à la taille idéale.

... à la bibliothèque du futur

L’avenir des bibliothèques publiques, mes chers collègues, est rose ! Les statistiques de la Direction du livre et de la lecture nous annonçaient des baisses inquiétantes ? Il y manque beaucoup de données, dont celles de nos campagnes : l’ADBDP vous redresse les chiffres d’un bon tiers. Et l’enquête du Credoc [2] vient nous remonter le moral : la lecture publique continuerait à progresser en France.

L’avenir des bibliothèques publiques, mes chers collègues, est sombre ! Les jeunes n’y viennent plus. A partir du collège, ils se débrouillent autrement, sans doute sur Internet. On n’a d’ailleurs pas développé les espaces pour adolescents, ou pas su le faire... La musique est dématérialisée. Le cinéma en prend le chemin. Au fond, il est déjà trop tard pour la médiathèque. Pour ce qui concerne la documentation, la bataille contre Google est déjà perdue.

Les petites bibliothèques, mes chers collègues, n’ont pas d’avenir. Il y a une différence accrue entre les services proposés aux habitants ruraux et aux habitants urbains et périurbains. L’écart se creuse et l’attractivité médiocre des petits équipements, en déphasage croissant avec les aspirations des habitants les condamne.

Seules les petites bibliothèques, mes chers collègues, ont un d’avenir assuré. Il y a de bonnes bibliothèques dans des communes de 300 habitants ! Il y a de bonnes bibliothèques dont la surface fait moins de deux salles de classe. Et c’est sans doute dans la petite bibliothèque qu’on rencontre les meilleures chances d’obtenir le livre que l’on veut. La bibliothèque des romans, des BD et des essais n’a pas besoin d’un grands fonds, seulement d’une connexion à Internet pour compléter. Comme disait Bertrand Calenge, l’un des fondateurs de notre association : la bibliothèque, c’est le café des femmes.

La bibliothèque, nous dit-on de Hollande notamment, ne survivra que si elle est un lieu de convivialité. Elle est un lieu d’accueil avant d’être un lieu de stockage de collections. Là-bas, on y travaille avec des groupes déterminés sur des objectifs pluriannuels, en collaboration avec d’autres services et d’autres structures.

L’avenir des bibliothèques, a-t-il été dit, peut passer par la fin de la place centrale qu’y occupent les collections. Les bibliothèques ont peut-être besoin d’une transplantation cardiaque, d’un déplacement du cœur de métier : on passerait de la politique documentaire à la politique relativement documentaire.

La politique documentaire est, elle même, en train de changer, au point sans doute, de remettre en cause le décret sur le contrôle technique qui parle d’équilibre des collections... En réalité, une bibliothèque de proximité dont la fonction est l’accueil des enfants et l’offre de fiction ne peut avoir de collection intrinsèquement équilibrée.

On aboutit à un compromis un peu curieux, peut-être un peu rétrograde : la fiction plutôt que le documentaire, le texte plutôt que l’image et le son, et des différences de fonctions (complémentaires) entre types de bibliothèques.

Ce qui est intéressant c’est que dans l’ensemble de ces problématiques, ce sont les BM pour un aspect, les BU pour un autre, les BDP pour un troisième qui sont les plus en pointe. L’éventail de ces problématiques nous renverrait donc à l’unité de la profession.

Les ressources numériques

Nous y sommes venus par la récupération des notices de catalogage, ce qui est le minimum.

La méfiance à l’égard des portails demeure dans l’esprit de certains élus et informaticiens, même si elle devient minoritaire.

Ce qui importe, c’est la fourniture d’information. On retrouve là une fonction classique de la bibliothèque qui consiste à payer pour offrir des documents au public. Le problème, comme dans l’expérience du Cantal, c’est qu’on ne peut encore y accéder qu’à la bibliothèque.

Une collègue de BU nous a informés que, pour rassurer les éditeurs, il fallait leur montrer que l’on contrôlait bien les usages à distance grâce à des mots de passe. Et cela permet d’affranchir l’usager de sa présence à la bibliothèque.

Il a été rappelé qu’il existe un Internet coopératif qui se développe, que les bibliothécaires ont intérêt à participer à ce mouvement de ressources partagées.

Mais un thème a été complètement escamoté : l’intercommunalité. Pour quelle raison ? Problème gênant ou cas trop particulier de l’aménagement du territoire, objet de l’atelier n°1 ?

Les acteurs du changement

Nouvelles fonctions, nouveaux services, redéploiement des tâches... Tout cela conduit aux questions de personnels et de leurs qualifications. Les missions aussi se diversifient... Comment être sûr de ne pas faire le travail des autres ? Comment travailler efficacement avec les autres services ?

Le vieillissement de la profession a sans doute ici du bon. Le grand nombre de bibliothécaires qui partiront à la retraite ne sera peut-être pas remplacé par des bibliothécaires. On en profiterait pour diversifier les métiers qui s’exercent au sein de ce qui restera des bibliothèques. Il nous faudra des travailleurs sociaux, des animateurs, des juristes. Et des vigiles, si nous persistons à ne pas savoir accueillir.

Pourquoi terminer ainsi sur les ressources humaines ? parce que les bibliothèques du futur, ce sont des hommes et des femmes qui les feront. L’avenir est entre leurs mains.

Notes

[1] B.C.P. [film] / réalisé par Patrick Dillies assisté de Béatrice Pedot. - Paris : Ministère de la Culture, direction du Livre et de la Lecture, bureau des BCP.
Film produit par l’État avant la décentralisation des BCP pour les présenter aux conseils généraux. Il a été projeté aux journées d’étude 2006 de l’ADBDP le lundi 6 novembre 2006.

[2] " La fréquentation des bibliothèques françaises a doublé depuis 1989 ", Consommation et modes de vie n°193, mai 2006, www.credoc.fr/publications/abstract.php ?ref=CMV193.



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2 Messages de forum

  • Imaginer l’avenir : un remue-méninges

    24 septembre 2007 19:50, par B. Majour

    Bonjour

    J’aimerais bien comprendre le raisonnement entre

    "Les petites bibliothèques, mes chers collègues, n’ont pas d’avenir." Il y a une différence accrue entre les services proposés aux habitants ruraux et aux habitants urbains et périurbains. L’écart se creuse et l’attractivité médiocre des petits équipements, en déphasage croissant avec les aspirations des habitants les condamne.

    et "Seules les petites bibliothèques, mes chers collègues, ont un d’avenir assuré. "

    N’y a-t-il pas un lien qui manque entre ces deux oppositions marquées ?

    Bien cordialement Bernard Majour

    Répondre à ce message

    • Imaginer l’avenir : un remue-méninges 27 septembre 2007 18:54, par 95. Bibliothèque départementale du Val-d’Oise
      Non, rien ne manque car ce compte rendu d’atelier n’avait pas pour but de résoudre les contradictions entre les propos de ses participants. L’un après l’autre, quelqu’un a soutenu que les petites bibliothèques n’avaient pas d’avenir et quelqu’un d’autre qu’au contraire elles étaient les seules à avoir un avenir assuré. Je me suis contenté de justaposer ces ceux opinions contraires, toutes deux sérieusement argumentées. Seule l’avenir les départagera... à moins qu’il ne passe au milieu !

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