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Territorialisation, déconcentration ou décentralisation

Synthèse de l’atelier 2 par Alain Duperrier, directeur de la Bibliothèque départementale de la Gironde

publié le mardi 26 août 2008

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Intervenants

- Amandine Jacquet-Triboulet, Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir

- Philippe Valade, directeur de la Bibliothèque départementale des Pyrénées-Orientales


Annie Dourlent, animatrice de l’atelier, a distingué en ouverture, et à juste titre, le principe de déconcentration, selon lequel la BDP conserve l’intégralité de ses missions initiales mais qui induit la manière dont elle organise géographiquement son propre service sur le territoire, et le principe de décentralisation, ayant trait au transfert de tout ou partie des missions de la BDP ou compétences du conseil général vers d’autres EPCI, évoquant alors la question du transfert des moyens correspondants.

Des sous-modèles mixant ces 2 principes existent néanmoins comme, par exemple, le modèle de la Drôme avec une déconcentration de la BDP sur plusieurs sites mais ouverts au public ou, autre exemple, des prises d’appui de la bibliothèque départementale sur des bibliothèques municipales existantes mais en y déléguant du personnel, ce qui peut se rapprocher d’une forme de décentralisation. D’emblée, ces deux notions essentielles ayant été posées, les réactions des participants démontrent bien le caractère complexe et à géométrie variable de ces notions : « nous ne sommes pas maîtres de nos territoires, des communautés de communes s’organisent sans nous » ; « il peut y avoir de façon concomitante fermeture d’une annexe et territorialisation » ; « décentraliser, déconcentrer, quoi ? qui peut avec précision tracer les contours et les limites de nos missions puisqu’elles ne sont pas définies légalement ? »

Une synthèse réalisée par la Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir :

Amandine Jacquet-Triboulet, de la Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir, sollicitée par son Conseil général pour réfléchir à la question de la territorialisation, a fait un travail de collecte auprès des bibliothèques départementales, travail qu’elle a synthétisé et théorisé dans un document intitulé « Quelle mise en œuvre de la territorialisation dans les BDP ? De différentes composantes de la territorialisation ».

Elle distingue 3 grands thèmes :

- l’organisation du territoire, hiérarchique ou transversale : équipes de référents réparties sur des zones géographiques / ou encadrées par un « super référent » regroupant plusieurs zones géographiques / ou référents de zone, animés par un pilote de projet, sorte d’animateur de groupe mais sans être un référent hiérarchique ;

- la notion de référents, intitulés selon les conseils généraux « correspondants » ou « animateurs de réseau », qui assurent des missions très variables dans les BDP selon qu’ils ont totalement en charge, sur un territoire, la desserte, le conseil, la formation, le développement des structures – dénommés alors par Amandine Jacquet-Triboulet des « superman/woman » de la profession –, ou qu’ils sont des spécialistes dans certains domaines, intervenant sur les différents territoires, à la demande de collègues, eux-mêmes intervenant sur d’autres territoires dans le domaine de leur compétence… ;

- la notion de desserte documentaire « au menu » ou « à la carte » selon qu’on attribue, dans le premier cas, un profil documentaire aux bibliothèques desservies (des quotas, des types de documents) ou, dans le deuxième cas, que les bibliothèques choisissent de manière relativement libre dans les collections de la BDP et que la desserte s’effectue en bibliothèques, ou en magasin, ou dans une bibliothèque municipale associée, ou encore par un système de navette.

Autant de combinaisons et de dispositifs différents que les bibliothèques départementales ont plus ou moins adaptés au contexte particulier de la lecture publique dans leur département.

Amandine Jacquet-Triboulet nous a fait part de ses observations sur la structure du réseau des bibliothèques néerlandaises qui distingue le NBD-Biblion (service central national de fournitures des documents catalogués et équipés), les PCB, bibliothèques provinciales à peu près équivalentes aux BDP, et les VOB, forme d’association des bibliothèques publiques des Pays-Bas [1].

La lecture publique dans le département des Pyrénées-Orientales :

Philippe Valade, de la Bibliothèque départementale des Pyrénées-Orientales, nous a présenté un exposé sur la politique de lecture publique, qui vient d’être adoptée par son Conseil général. La situation de la lecture publique de ce département reposait sur un héritage caractérisé comme « catastrophique ». 220 communes avec un seul assistant de conservation pour l’ensemble des bibliothèques municipales constituant ce réseau, aucune tradition d’intercommunalité – elle commence seulement à être mise en place dans les Pyrénées-Orientales –, un département constitué d’une façade littorale avec une très forte conurbation et trois vallées, plus rurales et isolées les unes des autres.

Un premier plan de développement de la lecture publique s’est mis en place en 1998 avec un règlement d’intervention structuré sur une base relativement classique mais très incitatif : certaines subventions atteignent 50 % d’engagement de la collectivité avec pratiquement aucune contrainte normative. Ce plan a très nettement porté ces fruits : en 7-8 ans, 300 aides ont été attribuées et l’ensemble des salariés dans le réseau est passé de 11 agents à 42 dont 12 assistants. Néanmoins depuis 2-3 ans, une stagnation de l’efficacité de ce mode d’intervention a été constatée et la collectivité s’est engagée dans une nouvelle réflexion concomitante à celle menée pour d’autres secteurs de compétences du Conseil général relatives à l’aménagement du territoire avec, in fine, des prises de décisions très fortes :

- le découpage du département (hors agglomération de Perpignan) en 10 zones ;

- l’attribution d’un budget potentiellement mobilisable pour chaque zone d’environ 1,7 millions d’euros dont 1,3 millions d’euros de subventions (500 000 euros du Conseil général, 500 000 euros de la Région, 300 000 euros de l’État via la DGD) ;

- la création dans chaque zone d’une bibliothèque communautaire sans désignation de tête de réseau ;

- la création d’un poste de directeur de bibliothèque communautaire pour chaque zone, recruté par la communauté de communes mais fortement subventionné (100 % la première année, puis de manière dégressive pour les années suivantes) ;

- la mise en place par la BDP d’un catalogue départemental unique avec l’installation des bases communautaires sur le serveur de la BDP.

L’évolution du rôle de la BDP est interrogé à travers la mise en place de ce dispositif : une évolution, dans un premier temps, sur le plan documentaire (pas plus de 10 % des collections en magasin), des acquisition axées sur des fonds spécifiques, une concentration de ses missions vers des actions de formation professionnelle et des actions culturelles, d’assistance, de conseils et d’animation du réseau. Évidemment, durant cette phase transitoire, les missions traditionnelles des BDP, sous forme de desserte, ne sont pas abandonnées. Une communauté de communes (Argelès-Collioure) fonctionne déjà sur ce schéma, une autre se met en place et un véritable frémissement est observé pour d’autres communautés de communes pour lesquelles la première action forte constitutive serait l’engagement dans le domaine de la lecture publique.

Après ces exposés, les nombreuses questions abordées peuvent se synthétiser autour de plusieurs axes forts :

- la difficulté de l’accompagnement budgétaire, sur le moyen et long terme, du fonctionnement des structures qui bénéficient de fortes aides d’investissement ;

- les craintes observées chez des salariés municipaux qui, devenant intercommunaux, ont peur d’être phagocytés par les têtes de réseau et vidés de leur identité et expérience communale,

- l’évolution des relations entre les référents de BDP sur un territoire et les nouveaux bibliothécaires intercommunaux ;

- la difficulté du travail de conviction à mener auprès des élus d’EPCI, qui se satisfont parfois de services a minima, avec la mise en avant de l’importance du travail cartographique comme outil de conviction ;

- les difficultés rencontrées par des communautés de communes pour organiser la circulation des documents sur leur propre territoire ;

- le rappel des missions initiales d’aménageur du territoire des BDP, soit, pour rappeler Jean Gattégno, notre vocation à disparaître ou à muter lorsque nous aurons tous fait notre travail.

Des stratégies peuvent se mettre en place, passant par une concentration forte de moyens au sein des conseils généraux, pour une action déconcentrée dans une phase transitoire avec un objectif de décentralisation la plus complète possible à terme.

On note cependant l’expression de sentiments diffus chez les uns et les autres, parfois défensifs, de constat de glissement identitaire, de dépossession des collections des BDP, de dépossession par rapport au territoire et in fine de dépossession par rapport à nos missions et même l’évocation, récurrente et lancinante, de la disparition des BDP…

Pour conclure et parce que la territorialisation telle qu’elle a été abordée est plus un moyen qu’une fin, il a été souligné la nécessaire réflexion sur l’évolution de nos métiers, la formation pour nos équipes, mais aussi pour nous-mêmes, afin d’être pleinement opérationnels face aux enjeux d’aménagement du territoire et de devenir de la lecture publique.

Notes

[1] On peut lire à ce sujet : Amandine Jacquet-Triboulet, Vincent Bonnet, « Les bibliothèques publiques aux Pays-Bas », BBF, T. 53, n° 1, 2008 (http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/pdf/bbf-2008-1/bbf-2008-01-0057-011.pdf)



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